Bibliographie de Pierre-Marie Beaude

Traductions et adaptations

 

 1. L’épopée de Gilgamesh, adaptée par Pierre-Marie Beaude, « Folio  Junior. Textes classiques », Paris, Gallimard Jeunesse, 2009.

Un vrai plaisir d'adapter et de raconter l'épopée de Gilgamesh, un des plus vieux récits de l'humanité. Bien que je ne pratique pas l'akkadien, ma connaissance du Proche Orient Ancien et de quelques langues sémitiques de l'ouest m'a aidé. Je suis parti de traductions scientifiques (Tournay au Cerf, Bottéro chez Gallimard). Il faut alors évaluer la façon dont on va  remplir les blancs du texte, car les tablettes d'argile retrouvées dans les fouilles sont lacuneuses. Par exemple, on a du mal à savoir si dans le combat qui les oppose et qui est très bref, c'est le roi Gilgamesh ou son rival Enkidou qui gagne. J'ai opté pour Enkidou, car il me semblait que pour s'épanouir harmonieusement, la relation entre le roi, qui possède déjà tant, et l'homme sauvage, qui ne possède que sa grande naïveté et sa force, demandait que ce soit ainsi. J'aime beaucoup ce récit pour sa façon d'initier à ce que sont l'animalité et l'humanité. Les différents stades qui scandent le passage de l'une à l'autre (le vêtement, la nourriture, l'amour..) sont remarquablement bien décrits dans le personnage d'Enkidou. Et puis il y a la grande question de la mort, et la merveille de l'amitié.  

 

2. Chrétien de Troyes, Yvain et Lancelot, chevaliers de la Table ronde, traduit et adapté par Pierre-Marie Beaude, « Folio Junior. Textes classiques », Paris, Gallimard Jeunesse, 2010.

 

3. Yvain ou le Chevalier au lion, traduit et adapté par Pierre-Marie Beaude, « Folio  Junior. Textes classiques », Paris, Gallimard Jeunesse, 2010.

Yvain m’attire beaucoup. Je le vois comme un personnage impulsif, dont la bravoure et la loyauté n’ont d’égal que ses capacités à commettre des gaffes. Parti tournoyer  avec les amis – il excelle dans les joutes, il est l’égal de Gauvain, le neveu du roi Arthur – il est pris tellement par sa passion qu’il en oublie la date fixée pour le retour par sa dame, Laudine. Yvain  est un personnage solaire. Il ne cache rien, il est lisible comme un livre ouvert, dans ses générosités comme dans son aspect tête en l’air. L’amitié avec le lion, qu’il délivre d’un serpent cracheur de feu, est un bel exemple de sa générosité sans limites et d’entre-aide entre l’animal et l’homme.

Les romans de Chrétien de Troyes ont quelque chose du roman et du conte à la fois. Roman, dans son cas, signifie  d’abord écrit en langue romane et non plus en latin, langue des clercs. Mais il y a aussi quelque chose du roman dans sa gestion des personnages qui ne fonctionnent plus comme dans les contes où le roi est tout à son métier de roi, les conseillers tout à leur rôle de conseillers, et les filles de roi tout à leur attente du prince charmant. Il reste bien sûr quelque chose de cela chez lui, mais on voit aussi se mettre en place des psychologies plus particulières, chez les servantes, les dames,  et les chevaliers : Gauvain, Calogrenant, Keu, Yvain ont chacun leurs caractéristiques. Du conte, Chrétien de Troyes garde bien des points, par exemple les jardins enchantés, les anneaux qui rendent invisible, et j’en passe. Mais il témoigne aussi d’une évolution de certains motifs du conte. Par exemple, il semble bien que les jeunes filles, qui apparaissent toujours à point nommé pour renseigner le chevalier d’une manière ou d’une autre, aient pris chez lui la place des fées. Ce type de récit distille un charme archaïque, au service de l’amour courtois, qui, dans le cas d’Yvain, s’épanouit à la bonne lumière du soleil, ce qui n’est pas le cas de Lancelot, plus tragique.

  

4. Lancelot ou le Chevalier à la charrette, traduit et adapté par Pierre-Marie Beaude, « Folio  Junior. Textes classiques », Paris, Gallimard Jeunesse, 2010.

Lancelot ou le chevalier à la charrette est un roman plus sombre qu’Yvain. La raison en est qu’ici, l’amour entre le chevalier et sa dame est condamné à n’avoir pas de visibilité sociale. En effet, Guenièvre, la dame aimée, n’est autre que la reine, femme du roi Arthur. Cette discordance entre le social et le singulier permet à Chrétien de Troyes d’aller fort loin dans l’exploration de l’amour courtois. L’adoration que le chevalier entretient pour sa dame le conduit à se soumettre à tous ses désirs, voire à ses moindres caprices. Elle lui demande de combattre au pire durant un tournoi, il combat au pire et se fait traiter de couard. Elle lui demande de combattre au mieux, et il dispose aussitôt de tous ses adversaires.

En plusieurs endroits, Chrétien m’a paru recycler toute une symbolique religieuse. Lancelot s’agenouille devant la chambre de la reine « comme on peut le faire devant un autel ». Et le corps de la femme est célébré avec des accents qui rappellent la vénération du corps eucharistique. Il est dit que Lancelot souffre en martyre, marqué qu’il est par l’épreuve sanglante du Pont de l’épée et le franchissement des barreaux de la fenêtre de la chambre. Dans la quête de la dame,  on souffre tout autant qu’au combat, et le corps conserve les stigmates des blessures. L’amour courtois bouscule ainsi les codes d’une société de guerriers rustres pour orienter les valeurs de la chevalerie vers la femme idéalisée.

On trouve chez Lancelot des motifs de conte. Ainsi les léopards aperçus de l’autre côté du pont de l’épée disparaissent comme par enchantement une fois le pont franchi. Mais, comme chez Yvain, ces motifs sont intégrés dans un genre littéraire différent, de type romanesque. Le tragique y est beaucoup plus présent que chez Yvain. Cette couleur sombre lui confère une grande beauté.

 

5. Fabliaux du Moyen Age, Traduits et adaptés par Pierre-Marie Beaude, « Folio  Junior. Textes classiques », Paris, Gallimard Jeunesse, 2010.

Ce petit livre m’a conduit vers la culture populaire telle que les paysans, les artisans, les commerçants l’élaboraient, toujours prêts à prendre en dérision les prétentions des riches bourgeois, des médecins, des juges, du clergé, des prévôts. Un grand trésor de sagesse populaire qui ne pardonne pas grand chose des défauts des puissants : cupidité, méchanceté, tromperies en tous genres. La grande arme des petits est finalement leur bon sens. Les femmes et les hommes des fabliaux se tiennent à grande distance de l’image que la littérature courtoise, élaborée dans les cours, en donne. Yvain le chevalier et dame Laudine, Lancelot et la reine Guenièvre d’un côté, le mauvais mire et la femme gourmande qui avale les perdrix qu’elle est en train de rôtir de l’autre, il faut lire les deux types de littérature pour se faire une bonne idée de la richesse littéraire du Moyen Âge.  

 

6. Le livre des merveilles de Marco Polo.

Je renvoie mon lecteur à la page « Quoi de neuf ? » où j’en ai parlé au moment de l’achèvement du manuscrit. Le récit de Marco Polo, transcrit par Rustichello, rapporte très peu les sentiments individuels, parle plus des peuples et des communautés que des personnes. Ceci constituait une réelle difficulté pour des élèves des collèges auxquels est destiné mon livre. Je n’ai donc pas hésité à créer des personnages et à les insérer dans l’itinéraire du voyage aller et retour tel qu’il est rapporté par Rustichello.  Le personnage d’Angelo, petit berger descendu de ses montagnes pour venir travailler à Venise, dans les entrepôts des la famille Polo, me permet de montrer ce que le livre des merveilles tait en matière de sentiments. J’ai puisé naturellement abondamment dans Le livre des merveilles  pour la description des pays, des mœurs des peuplades rencontrées, de la cour du grand Khan. Le livre des merveilles, je l’ai dit, est déjà un très beau livre d’ethnologie, et ceci  deux siècles avant Christophe Colomb. Une belle initiation à la rencontre de l’autre.

7. Yvain ou le chevalier au lion. Chrétien de Troyes, traduit et adapté par P.-M. Beaude, "Classico Collège", Belin-Gallimard, 2016.

Même texte que le Yvain de Gallimard cité en 3. Dossier différent, à l'adresse des classes de cinquième.

8. Récits de la Bible, Traduits et adaptés par Pierre-Marie Beaude, « Folio  Junior. Textes classiques », Paris, Gallimard Jeunesse, 2017.

On dit que la Bible  est le livre le plus traduit au monde. Cela ne signifie pas qu’il est le plus lu ! La connaissance des textes bibliques chez nos contemporains, et surtout parmi les jeunes générations, est extrêmement mince. Quelques flashes, souvent liés à des films ou des documents vidéos : Adam  et Ève  le serpent et la pomme, l’arche de Noé, Moïse et la traversée de la mer Rouge. Il était bon de commencer par eux, car ce qui est totalement inconnu rebute le lecteur. J’ai donc repris les récits habituels, puis j’ai sélectionné quelques textes moins connus en recherchant ceux qui me semblaient aptes à être entendus par de jeunes lecteurs, par exemple David, Samson  et Dalila, Jonas et sa baleine, ou encore le destin de la reine Esther.

 

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