Manuscrits et inédits

 

 

 Cahier de temps de guerre.

 

J'ouvre cette page Manuscrits avec un extrait du cahier de temps de guerre, écrit par ma mère durant les années 1939-1948. La guerre a beaucoup compté pour mes parents. Je les ai souvent entendus dire qu'elle leur avait volé leurs meilleures années. Mon père avait 31 ans et ma mère 30 en 1939. 

 

 

Francine Beaude, née Le Blond,  a écrit ce journal de temps de guerre sur un cahier « brouillon, 96 pages, satiné, collé, boul’mich » comme dit la couverture, de couleur jaune. Il débute le 30 septembre 1940 et se termine le 6 juin 1948. L’écriture est très harmonieuse, l’orthographe soignée. Ma mère se contente du minimum en ponctuation ; j’ai rajouté quelques signes pour favoriser la lecture. Quand elle consigne une date, elle écrit parfois sous cette date pendant plusieurs jours.

Au début de la guerre, ma mère habite Tourlaville, banlieue ouvrière à l’est de Cherbourg. La maison est située tout près de celles de ses parents et de ses beaux-parents (ma mère parle des « trois maisons »). Elle est toute proche de l’église des Mielles – 100 mètres à vol d’oiseau – et de l’usine Amiot, située au bout de la rue, à moins de trois cents mètres, tout près de la rade. Ma mère, Francine, est née en août 1909. Son mari, Émile, est né en août 1908. Au début du récit, ils ont quatre enfants, Joseph, Michel, Marie, Geneviève. Le cahier rapporte ma naissance, comme cinquième enfant de la famille, celle de mon frère Gérard, en 1943, et de ma sœur Marie-Thérèse en 1945.

Le cahier s’ouvre avec le pilonnage de Cherbourg par l’escadre des Anglais et la destruction de l’usine Amiot toute proche. Ce terrible bombardement conduit la famille à partir pour Saint-Pierre-Église (17 km à l’est de Tourlaville, dans le Val-de-Saire) où ma mère a de la famille et où elle passait ses vacances enfant. Son oncle, Jules Clot, qui habite la belle maison du Clos Germain, y dirige une entreprise du bâtiment.

Mon père a échappé à l’enrôlement dans l’armée parce qu’il a quatre enfants. Il travaille comme forgeron à l’arsenal de Cherbourg. Il se retrouvera au chômage quand l’arsenal sera détruit par les croiseurs anglais et l’aviation, mais il y retournera et fera, presque quotidiennement, les 40 kms aller-retour Arsenal-Saint-Pierre, à vélo (sans dérailleur) sur une route difficile.

Après le séjour à Saint-Pierre, de septembre 40 à juillet 44, la famille connaît l’évacuation ordonnée par les Allemands ; elle trouve refuge au Teilleul, dans le sud du département de la Manche. Mon père, resté à Tourlaville à cause de son travail, rejoint la famille plusieurs fois pour les fins de semaine, soit deux fois 160 km à bicyclette. Au moment du débarquement du 6 juin 44, il est à Cherbourg et ma mère n’a plus de nouvelles. Les bruits les plus fous circulent.

À la contre-attaque allemande de Mortain,  la maison où loge la famille reçoit un obus qui déclenche un incendie. On est le 10 août 1944. Il faut se sauver en pleine nuit, dans les champs. Avec ma mère, se trouvent ses parents et ses cinq enfants. Ma sœur Geneviève est restée au premier étage. Mon grand-père retourne la chercher et la sauve des flammes. Personne n’est tué.

Dans son cahier, ma mère laisse de longs moments de silence, plusieurs mois, et même quatre ans pour le dernier. Elle résume alors ce qu’elle n’a pas eu le temps de raconter sur le moment.

Ma mère parle de son mari, qui se trouve dans une situation difficile à cause du travail : chômage, emploi de manœuvre, travail à l’arsenal par temps de guerre. Elle décrit l’évolution de ses enfants, s’attarde sur leurs caractères bien différents, dit la difficulté de les nourrir et de les soigner. Elle parle beaucoup de sa religion, s’en remet au « Bon Dieu », à la « Providence », passe par des périodes de grand découragement et d’espoir.  La banlieue de Cherbourg, ouvrière, est demeurée en grande partie pratiquante, à la différence des banlieues parisiennes de la même époque.  Le clergé est très présent dans tout l’ouest de la France et joue un rôle important : baptêmes, mariages, inhumations, pratique du dimanche. Par exemple, c’est le Doyen de Saint-Pierre qui propose un endroit où aller, en faisant jouer ses réseaux.

La présence des soldats allemands n’apparaît pas dans le cahier. Mais j’ai gardé quelques récits oraux dans ma mémoire. Par exemple l’histoire de ce soldat debout sur un wagon rempli de charbon. Les femmes allaient près du wagon récupérer les éventuels morceaux tombés sur la voie. Le soldat poussait alors discrètement le charbon avec ses bottes pour en faire tomber un peu plus. Au début, ma mère ne voulait pas aller comme une pauvresse ramasser le charbon, mais elle finit par se décider.

Les décisions concernant les populations occupées sont mentionnées, car elles ont un réel impact sur la vie de tous les jours. Sont mentionnés les événements marquants de la guerre, comme le bombardement de Cherbourg, le débarquement en Sicile et le « débarquement anglais » (sic) du 6 juin 1944. Ma mère écrit le 23 juin et n’a que des informations partielles sur cet événement décisif. Au Teilleul, nous serons libérés le 8 août, mais subirons, comme je l’ai dit plus haut, la contre-attaque allemande de Mortain où toute la famille, sauf mon père resté à Cherbourg, faillit être anéantie. Voici quelques extraits de ce journal de temps de guerre. Pour la compréhension, j’y ai glissé entre parenthèses quelques explications quand nécessaire.

 

Le bombardement de Cherbourg

30 septembre 1940. J’ai souvent pensé à confier à un cahier des moments heureux de mon existence et finalement c’est une épreuve qui m’y conduit. Quel triste temps nous vivons, mon Dieu ; depuis plus d’un an c’est la guerre, nos quatre enfants ont empêché leur papa de partir. Début juin, les bombardements ; toute ma vie je crois je me souviendrai de celui de l’usine Amiot, nuit terrible !  Le lendemain nous partions à Saint-Pierre où cela ne valait pas mieux. J’y ai bien souffert et pleuré. Mon petit Michel, après avoir eu très peur, est tombé malade et pendant près d’un mois la fièvre ne le quitta point. Pendant ce temps, vers le 19, l’armée ennemie arrivait ; quelle épreuve pour notre âme de Français. Comme j’ai souffert dans cette période ; mon mari désemparé par la perte de sa situation puisque l’arsenal est détruit s’affole de voir son pauvre petit s’affaiblir. (…) Mon oncle a eu pitié de nous et l’a pris ( = mon mari) comme manœuvre.  La différence de gain est grande, mais  cela vaut mieux que le chômage pour le moral (…)

6 Février 1941. Que de fois depuis 4 mois  j’ai eu le désir de te reprendre, pauvre cher cahier. Dans quelques jours, il y aura quatre mois que nous sommes installés à Saint-Pierre, après ce terrible bombardement du 10 au 11 octobre par les avions et l’escadre anglaise. Quelle nuit terrible, c’était affreux. Depuis 10 h 30, les avions bombardaient presque sans répit, des détonations se produisaient sur le matin par intervalles réguliers, c’était un train de munitions qui sautait ; puis entre 4 et 5 h. du matin, ce fut les bateaux, alors nous nous sentions si près de la mort. Mes quatre petits blottis avec moi dans mon lit, les plus grands priaient avec nous, pour moi je pleurais disant à mon mari : « c’est fini, c’est fini ». Mais non, le Bon Dieu nous a préservés aux trois maisons et vers 6 h nous nous retrouvions tous indemnes. Mais quelle désolation le matin quand nous apprîmes la vérité : 4 maisons complètement détruites. Les familles L.. – A.. – A.. et les fils L.. tués sous les décombres. Tous nos jardins, le toit des maisons couverts de boue, de plumes et cette consternation sur les visages et ce défilé de curieux à voir ces ruines, que tout cela était affreux.

L’église était très abîmée, tous les vitraux d’un côté cassés, cloison, portes, statues tout cela brisé. Un gros obus de 380 était tombé près de l’église. Mes beaux parents partirent à pied à Gonneville, chez Mr L.. et nous, ne pouvant trouver de transport autre, nous avons pris le camion des ouvriers de mon oncle. Mes pauvres garçons juchés dans les matériaux et les hommes ; mes deux petites avec maman et moi devant.

À Saint-Pierre-Eglise

Pendant 10 jours, nous sommes restés au Clos Germain. Puis la maison de Jean E. étant libre, nous avons déménagé un peu de linge, notre literie, mon armoire et nous vivons là depuis bientôt 4 mois en commun, mes parents et nous. Papa va et vient, Émile vient tous les soirs sauf quand il fait trop mauvais. Je me plais ici, mais maintenant quand je vais chez moi (= à Tourlaville où la maison est restée debout), je serais heureuse d’y revenir. Maman s’est beaucoup ennuyée (…) Cette période m’a fait du bien à la santé, j’étais bien fatiguée par ce déménagement. J’ai engraissé de 8 livres.

16 mars 1941. Dimanche. Je n’ai pas grand chose à te confier, pauvre cahier. La vie s’écoule si monotone, nous sommes pourtant avides de nouvelles qui fassent avancer ce terrible fléau. Comme le temps est long ! La situation reste stationnaire du point de vue familial : nous sommes bien au calme ici avec les enfants. Papa et maman sont à Tourlaville depuis 15 jours, maman rentre demain. J’en suis bien aise car on prévoit une offensive de part et d’autre, alors l’aviation pourrait  bien reprendre avec plus d’acharnement et maman a très peur.

Naissance du cinquième enfant, Pierre-Marie

Juin 1941. Et puis voilà 4 mois 1/2 que je porte en moi un nouvel enfant. Tout d’abord ce fut un grand souci, car dans une période de si grandes restrictions, et puis que sera l’avenir ? J’ai passé une période de grande fatigue et beaucoup de malaises. Et puis je suis seule maintenant, mes parents sont tout à fait à Tourlaville, et Marie (sœur de ma mère, plus jeune de dix ans) travaille au bureau de l’entreprise de mon oncle complètement, cela m’a beaucoup paru. Ensuite, nous avons passé une période de manque de nourriture où nous nous sentions faibles. En ce moment nous avons davantage, mais à quel prix ! Le souci pécuniaire est grand, nous n’arrivons plus à faire d’économies du tout et il me faut de l’argent pour passer la naissance du petit. Émile s’est blessé à l’épaule en bicyclette et est à demi-solde. Malgré tout cela, je garde bon moral, espérant un temps plus propice. Nous vivons jour par jour, il ne faut plus penser trop à l’avenir. (…)

17 mai 1942. J’ai tant désiré te reprendre pauvre cahier pour te confier la joie que m’a causée la naissance de mon cinquième enfant et je n’ai pas trouvé un instant pour le faire. Quand je me suis relevée, je croyais avoir quelques loisirs, et puis les quelques visites reçues me les ont prises.  Et puis le travail vous reprend aussitôt dans une maison comme la mienne. J’ai eu le bonheur d’avoir maman heureusement, car madame M… s’est trouvée prise à trois places et n’a pas pu me donner les soins. Cette naissance s’est très bien passée à part une rechute de lymphangite et une hernie pour le petit Pierre-Marie. Maintenant, il a six mois mon petit, il est bien avancé et pas méchant du tout ; en ce moment, je le tiens sur mes genoux, il prend sa tétée car je l’allaite, il mange une bouillie et boit un biberon le soir, mais je suis heureuse de pouvoir allaiter.

L’évacuation des populations. Séjour au Teilleul – naissance du sixième enfant, Gérard

Pâques 1943. 25 avril. Pourquoi ce beau jour de Pâques qui nous remplissait de joie, est-il rempli de tristesse tout comme les autres ? Pourquoi, parce que nous sommes toujours plongés dans cette terrible guerre et que les misères se font de plus en plus sentir.  Que c’est long, combien de temps resterons-nous encore ainsi ? Et nous sommes des privilégiés ; ici, nous ne souffrons pas trop. Nos enfants et nous mêmes sont bien loin d’avoir ce qu’il faut, mais la faim ne se fait pas sentir comme dans les villes où tant de petits et de vieillards meurent de misère.

Cherbourg subit un moment d’épreuve. L’évacuation est décrétée depuis huit jours et les trains emmènent vers le Loiret ceux qui n’ont pas où aller, vieillards, mères de famille, enfants, malades. Que de larmes versées en ces jours, c’est dur de tout abandonner (150 kgs de bagages par personne sont autorisés) pour peut-être ne rien retrouver. (…) Et tous ces hommes envoyés en Allemagne quittant leurs familles, et combien d’autres requis dans les TOD. Que de foyers brisés par la séparation et tous les prisonniers restés encore là-bas.

La santé des enfants n’est pas fameuse depuis un an : angines, coqueluches, varicelles, impetigo, mauvaises digestions, tout s’en est mêlé et tout cela épuise notre pauvre bourse. Nous avions près de 4000 f d’économies en venant ici et plus un sou maintenant. Ah, comme nous serions heureux avec nos enfants sans ce fléau. 

 

11 juillet 1943. Voilà donc l’été qui s’achève et toujours pas de changement pour la guerre. Les Anglais viennent de débarquer en Sicile, qu’est-ce que cela donnera par la suite, Mystère ! Notre pauvre pays est bien triste, toute notre jeunesse part pour l’Allemagne ; voilà un mois qu’Auguste D. quittait la maison de mes parents. Et nous, toujours même situation, très critique au point de vue pécuniaire. Nous n’arrivons plus à boucler notre budget, me voilà avec 1000 f de dette à maman. Et puis, nouveau souci, un sixième enfant s’annonce en Janvier. Je l’aime à l’avance, ce cher petit, mais il ne saura jamais le souci qu’il me donne.  Comment mettre l’argent pour la naissance alors que je dois.

23 juin 1944. – J’avais rêvé te (sic) confier des jours heureux à mon cahier. Viendront-ils un jour, il est des moments où l’on en doute. Bientôt un an que je n’ai rien noté, et pourtant  que de choses j’aurais eu à écrire. D’abord, le 20 décembre, la naissance de mon petit Gérard, naissance bien passée. Le petit ne vient pas bien, pris d’une jaunisse huit jours après la naissance jusqu’à deux mois et reste tout petit : 6 kg 300 à six semaines. Il vomit beaucoup. Et toujours cette guerre. Les bombardements s’accentuent et je tremble souvent, mon tout petit dans les bras.

En février, je suis avertie par le garde-champêtre en pleine rue, en allant au docteur montrer le petit pour sa hernie, que je dois quitter St-Pierre dans les dix jours qui suivent l’ordre des Allemands. Quel coup ! J’étais affolée. Partir où avec six enfants, le dernier âgé de 2 mois et demi et si chétif, en plein froid. Mr le Doyen nous conseille donc de chercher dans le Mortanais. Muni de sérieuses références, Émile se dirige sur le Teilleul. Reçu admirablement par Mr le Doyen et son vicaire l’abbé C. il recherche avec ce dernier et trouve à 1 km 5 du bourg deux grandes pièces avec jardin. C’est là que depuis le 6 mars je suis installée avec papa, maman et les enfants.  Nous y sommes bien, ne manquant de rien, entourés de très braves gens qui ne savent pas quoi faire pour nous être agréables.            (…)

Mais le moment le plus dur de tous, c’est celui que nous vivons. Émile reparti le samedi n’a pas eu le temps de me donner de ses nouvelles, le débarquement anglais ayant eu lieu le 6 Juin alors qu’il a dû rentrer le 5 à Cherbourg. Quelle angoisse ! Qu’est-il devenu ? Il est des moments, il me semble que mon pauvre cerveau ne va plus supporter ! Il le faut pourtant, j’ai mes six enfants sur les bras ! Que de pensées se bousculent dans ma tête ! Maman est très abattue par moments mais supporte encore mieux que je n’aurais cru. Certains jours me paraissent si longs !

26 juin 1944. Nous avons appris ce matin la prise de Cherbourg. Quand aurons-nous des nouvelles de tous les nôtres ; sont-ils encore en vie ? Combien de temps faudra-t-il encore vivre ainsi ? (…)

Quatre ans après

6 juin 1948. Quatre ans passés depuis les dernières notes tracées sur ce cahier. Que de souvenirs à y tracer si j’en avais le temps, mais comme il est limité, je résumerai.

Après quelques mois passés dans le calme, quelles transes nous avons vécues. Aucunes nouvelles d’Émile, ni de (ma sœur) Marie, ni des grands parents Beaude. Que de larmes ai-je versées sur la route en venant de faire les courses (me cachant de maman si affectée) pensant qu’Émile était mort dans la tourmente.  Et que dire des faux bruits ! Cherbourg détruit dans la partie des quais, du port et tout notre quartier. Et cet exode des réfugiés de Saint-Lô, de Périers, etc…

Délivrés sans aucun accroc le 8 août, deux jours plus tard nous nous trouvions en pleine bataille de Mortain et nous subissions ce terrible bombardement dont nous sortions par miracle. Ensuite, nouvel exode vers la Mayenne, puis au bout de huit jours, rentrée au Teilleul où nous vivons 2 mois ½ dans une misère effrayante comme logement, mais dans une abondance au point de vue alimentaire. Enfin, nous rentrions ici fin octobre après deux jours de panne à La Haye-du-Puits.

Et depuis 3 ans ½, nous vivons tranquilles à côté de ce que nous avons vécu mais avec quels terribles soucis : menaces de guerre continuelles, pas un sou, souvent des dettes envers mes parents, luttes continuelles pour le pain, le beurre. On retrouve de la viande et bien des choses, mais à quel prix !

 

LES PHAAS, roman inédit de Pierre-Marie Beaude

 

« Je suis venu te demander d’étouffer la grande colère qui te possède. Tout est

possible encore. Tu es encore le fils de Sigue qui t’a donné le jour. Et dans mon

coeur, tu es toujours mon fils ».

Bouillonnant de rage, Noctulus avait beaucoup de mal à se contenir.

- Entendu, murmura-t-il. Je suis prêt à faire la paix avec ton clan. Dis à

mon frère Dulci de venir me trouver pour que je fasse sa connaissance, ce sera le

signe de la paix retrouvée.

- Soit dit Eàs, je lui en parlerai. »

Le chef du Peuple ailé s’envola sans que les Notonectes ne cherchent à le

surprendre. Il repartait en vie et heureux. Grâce aux paroles de Noctulus, en effet, il

avait le ferme espoir de réconcilier ses deux fils. Cependant, à mesure qu’il se

rapprochait de l’île où les Phaâs avaient leur refuge, il se mit à douter.

Ne cherchez pas les Phaâs dans les encyclopédies, ils n’existent que

dans l’imagination de l’auteur. Il s’agissait pour lui d’explorer les grands

thèmes de la mythologie en les situant dans une chronique de ce peuple

ailé imaginaire. Désir, rivalités, quête du pouvoir, violence, sentiments

amoureux font les jours ordinaires des Phaâs, amis des sites d’une infinie

beauté.

 

Ouvrages de Pierre-Marie Beaude 

déposés à l'équipe d'accueil Écritures, maison de la Recherche François Rabelais, 

Université de Lorraine, Metz, île du Saulcy.

 

Direction d’ouvrages.

+1. Le christianisme dans la société, Actes du colloque international de Metz, P.-M. Beaude, et J. Fantino (dir.),  Paris, Cerf, Presses Universitaires Laval, Université de Metz, 1998.

+2. Le discours religieux, son sérieux, sa parodie, Actes du colloque international de Metz, P.-M. Beaude et J. Fantino (dir.), Paris, Cerf, 2001.

+3. Poétique du divin, Actes du colloque international de Laval, R. Hurley et P.-M. Beaude (dir.), Presses Universitaires de Laval, Québec, 2001. OK.

+4.  La trace,  entre absence et présence, Actes du colloque international de Metz, P.-M. Beaude et J. Fantino (dir.), Paris, Cerf, 2004.

+5. Identité et Altérité, la norme en question ? Hommage à Pierre-Marie Beaude, J. Fantino (dir.), Paris, Cerf, Université Paul Verlaine, Metz, 2010.

+6. La théologie en questions, Actes du colloque de Metz, J. Fantino (dir.), Paris  et Metz, 2007. OK.

 

 

Ouvrages de Pierre-Marie Beaude.

+7. "Selon les Écritures", Cahier Evangile n° 12, Cerf, Paris 1975. Traduit en espagnol, en portugais et en italien.

+8. L'accomplissement des Écritures. Pour une histoire critique des systèmes de représentation du sens chrétien, « CF 104 », Paris, Cerf, 1980, 344 pages.

+9. Premiers chrétiens, premiers martyrs, Coll. Découvertes  n° 189, Gallimard, Paris 1993. Traduit en italien (Electa/Einaudi, 1996) ; en japonais (Motovun LTD, 2003), en russe (Moscou, ACT, 2003). Réédité en 2002 et 2005. Traductions en italien (Electa/Einaudi, 1996) ; en japonais (Motovun LTD, 2003), en russe (Moscou, ACT, 2003). Réédité en 2002 et 2005. Dans cette collection bien rodée, à la maquette obligeant à répartir l’information selon plusieurs entrées, ce livre aborde les quatre premiers siècles du christianisme. Les origines, le rapport aux Juifs, le rapport aux « païens », les penseurs de la nouvelle foi, leur façon de polémiquer entre eux, de se défendre aussi contre les penseurs gréco-romains. Il y a bien sûr les martyrs jusqu’à ce moment, au quatrième siècle, où le christianisme devient religion officielle.

10. Qu'est-ce que l'Evangile ? , C.E. 96, Cerf, Paris, 1996. Traduit en espagnol. 

+11. Saint Paul. L’oeuvre de métamorphose, Paris, Cerf, 2011, 432 pages.

+12. Les enjeux de l’exégèse contemporaine, C.E. 189, Cerf, Paris, 2019.

 

+ 13. Jésus oublié. Les évangiles et nous, Paris, Cerf, 1976. Ma deuxième publication. Elle a vieilli, comme moi ! J’y amorçais des thèmes sur lesquels je suis souvent revenu par la suite, essayant de montrer comme se construit le rapport que nous posons aux personnages du passé, ce que nous en retenons et ce que, sans même nous en percevoir, nous oublions. L’actualisation des personnages historiques est nécessaire, mais c’est elle, en même temps, qui fait vieillir les portraits. 

+14.  Tendances nouvelles de l'exégèse, Paris, Centurion, 1979.  Cet essai, publié dans une collection dont tous les titres portaient « Tendances nouvelles », fait le point sur les recherches exégétiques dans les années 70. Autant dire que de l’eau a passé sous les ponts. Reste à espérer que ce livre puisse servir modestement aux historiens  des idées qui se pencheront sur ces années foisonnantes, tant en histoire qu’en littérature. 

+15. Jésus de Nazareth, « Bibliothèque d'Histoire du Christianisme n° 5 », Paris, Desclée, 1984.Traduction en italien et en espagnol. Réédition en 1993.  Ce livre résiste mieux que les précédents. D’abord parce qu’il comporte des documents, et les documents ne vieillissent pas. Ensuite, parce qu’il s’agit d’un travail d’historien qui ne recherche pas à actualiser le portrait qu’il tire des documents. Et comme je l’ai dit plus haut, les actualisations vieillissent.

+16. La passion des premiers chrétiens,  «Texto n° 6 », Paris, Gallimard, 1998.  Traduction en chinois, Ylin Press/bardon, 2003. La passion des premiers chrétiens,  «Texto n° 6 », Paris, Gallimard, 1998.  Traduction en chinois, Ylin Press/bardon, 2003. Publié dans une collection qui a disparu, ce livre présente et commente les documents essentiels des premiers siècles chrétiens. Il initie ainsi le lecteur au monde gréco-romain dans lequel apparaît le christianisme, aux hostilités envers la « nouvelle superstition », aux nombreuses crises entre différents courants chrétiens : gnose, montanisme, arianisme… Difficile de dire que le christianisme des premiers siècles ne fut pas foisonnant !

+17. La Bible de Lucile. Notre voyage de la Genèse à l’Apocalypse, Montrouge, Bayard, 2014, 1248 pages. Il m’a fallu quatre ans de travail régulier pour conduire à son achèvement ce gros livre. Il met en scène deux personnages, un spécialiste de la Bible et sa nièce, une jeune femme, qui font le contrat de lire la Bible, livre après livre, depuis la Genèse jusqu’à l’Apocalypse. Ils abordent tous les sujets d’histoire, de culture, n’éludent pas les difficultés des textes anciens. Chacun des deux personnages apporte sa pierre à la construction de l’ensemble. Car dans ces échanges par courriel, il n’est pas question que le spécialiste diffuse sa science à la bonne élève remplie soudain de zèle pour les textes anciens. Elle a bien l’intention de faire entendre sa voix, Lucile ! Et elle y réussit fort bien !

J’ai parlé rapidement de ce livre dans Recherche. Publications pour grand public. Mais il peut être tout aussi bien classé en Littérature. Récits adultes. Il s’agit en effet d’un ouvrage à double face. L’une, didactique, rend accessibles les résultats acquis par la recherche scientifique sur la Bible. Un livre de vulgarisation en somme. L’autre est sa face littéraire. Car tout le livre consiste en un dialogue, par voie de courriels, entre deux personnages fictifs : un professeur à la retraite, qui a tendance à me ressembler un peu – mais il s’agit bien d’une mise en scène – et sa nièce, Lucile, une jeune femme, mariée et mère de deux enfants. Au fil de ce récit de 1248 pages, Lucile et son oncle s’offrent au lecteur comme des personnages proprement romanesques, levant le voile sur tel ou tel aspect de leur vie. On manie beaucoup de savoir dans ce livre. Il est apporté surtout par le « vieux prof » qui passe la plupart de son temps dans son bureau, et se trouve maintenant assez déchargé de responsabilités pour faire le pari un peu fou de lire la Bible de A à Z avec sa nièce. Lucile a déjà essayé, et comme la plupart des gens, elle a capitulé. La Genèse et l’Exode se parcourent assez facilement. Mais le troisième livre, le Lévitique, rempli de lois et de prescriptions de toutes sortes,  a de quoi décourager les lecteurs les mieux disposés. Lucile le compare à un massif de dunes, tel celui qu’elle a découvert dans un voyage au Sahara et qui lui a valu bon nombre d’ensablements. 

La jeune femme raconte. Elle n’a pas à dire certaines choses puisque son oncle est censé les connaître. On la découvre ainsi par aperçus plus ou moins appuyés. On devine qu’elle travaille dans le social, sans autre précision, qu’elle a eu une solide formation, particulièrement en psychologie. La Bible lui fournit l’occasion de se poser en véritable lectrice ; j’entends par là qu’elle ne se pose pas en élève zélée, prête à avaler le savoir que distille son oncle. Elle discute, elle ergote, elle a bien l’intention de ne pas laisser le « savoir objectif » lui voler sa place de lectrice. Elle accepte bien sûr que l’oncle fasse son travail de défenseur du texte en apportant tout un savoir historique, philologique, littéraire, culturel ; mais elle ne lui demande pas plus. La lecture est pour elle un constant va-et-vient entre ce que raconte le texte et ce qu’elle se raconte de sa propre existence. Les guerres de David sont ainsi l’occasion de réfléchir à la violence des hommes, ce qu’elle fait en se souvenant de sa mère partant à la recherche de la tombe de son grand-père, mort à la guerre 14-18, dans les cimetières de l’Argonne. Les psaumes la conduisent à se rappeler ses expériences d’étudiante allant se réfugier, pour préparer ses examens, dans quelque monastère. Elle prend fait et cause pour Urie le Hittite, l’oublié de l’histoire, pendant que les peintres s’entichent de Bethsabée qu’elle ne porte pas dans son cœur ! Elle réagit, elle discute, elle prend parti.

En donnant ainsi une grande place à une lectrice fictive fort créative, mon livre s’éloigne de l’exégèse et se rapproche de la littérature. L’exégèse biblique moderne n’est pas née chez des littéraires. Si on la fait commencer chez les Humanistes du XVIe siècle, ceux-ci se définissaient plutôt comme des philologues et des grammairiens que comme des gens de lettres. Érasme, le meilleur représentant des Humanistes dans le domaine biblique, était un immense érudit, avide de retrouver les meilleurs textes anciens, de les annoter, de les publier. Ce grand esprit se disait modestement « grammairien ». Contrairement à son contemporain Rabelais, il ne faisait pas de littérature. Au siècle suivant, c’est le mot « critique » qui s’imposa. Richard Simon, le plus connu des Critiques de la Bible au XVIIe siècle, l’utilise abondamment dans les titres de ses ouvrages. Ce mot venait en fait de  philologues et grammairiens, tels les frères Scaliger. Nous sommes bien, ici encore,  proches des érudits et loin de la littérature, même si depuis les Humanistes, des échanges entre érudits se faisaient au nom de ce qu’ils appelaient la République des lettres, qui dépassait les frontières idéologiques et politiques du temps. 

De nos jours, certains romanciers, poètes, essayistes conduisent à une liberté dans la lecture de la Bible que ne possèdent pas les exégètes, du fait des exigences de leur métier. Les exégètes ont du mal à les comprendre. Ils se sentent perdus dans un monde trop imaginatif, trop créatif. Pourtant, c’est bien grâce aux écrivains, aux  peintres,  aux cinéastes, que la bible continue de se faire présente dans le monde. En donnant le sens des textes, les exégètes assurent à la lecture une certaine scientificité. Mais sans les artistes et les écrivains, la Bible serait fort appauvrie. Lucile apporte sa modeste contribution à la nécessité de faire vivre la Bible en la mettant constamment en dialogue avec sa propre existence, ses passions, ses désirs et ses rêves. C’est là la vraie lecture.

 +18. Le muet du roi Salomon, « Page Blanche », Paris, Gallimard Jeunesse, Paris 1989. Réédition en 1992. 2. Le muet du roi Salomon, « Page Blanche », Paris, Gallimard Jeunesse, Paris 1989. Réédition en 1992. Publié dans une collection jeunesse, ce livre avait été écrit à l’origine pour les adultes. (Voir donc la page littérature adulte).  Il a d’ailleurs obtenu le Prix Erckmann-Chatrian 1991. J’en ai tiré une version simplifiée en « Scripto ». Voir ci-après.

 +19. Le signe de l’albatros, « Castor Poche n° 452 », Paris, Flammarion, 1994. Réédition en 1999. Le signe de l’albatros, « Castor Poche n° 452 », Paris, Flammarion, 1994. Réédition en 1999. Aujourd’hui, je qualifierais ce roman d’écrit de transition. J’étais en attente d’un sujet qui ne venait pas. L’histoire se situe en Patagonie et raconte les aventures d’un vieux marin qui ne veut pas raccrocher et d’un jeune, Tamoun, qui entend bien se ménager une place dans le monde. La Machi, une chamane, servira de médiatrice entre le vieux Chico et le jeune Tamoun. Un roman d’apprentissage, en quelque sorte.

+20. Flora, l’inconnue de l’espace, « Castor Poche n° 184 », Paris, Flammarion, 1987. Réédition en 1999. Traduit en espagnol. Mon premier roman. Situé dans l’espace, ce récit est moins de la science-fiction qu’un grand poème à la vie.

+21. Le veilleur de Cibris, DDB 1997. Publié en 1997, chez Desclée de Brouwer, ce roman se déroule en marge de la vieille Europe, au pays de Tolten, où le gouvernement décide d’envoyer un contingent de paysans, afin d’accélérer le dénouement de la première guerre mondiale. Des années après, Erik Olsen, jeune fonctionnaire en poste dans la province, assiste au retour des pauvres diables et à l’instauration d’étranges rites du souvenir. Dans le même temps, un petit homme, ami des livres, tente d’alerter ses compatriotes sur la montée du fascisme. 

Voici le début du roman :

« Très tôt, j’ai été amoureux d’une femme de pierre. Je n’avais pas quinze ans, je venais d’arriver à Tolten afin de commencer mes études à l’Académie des Sciences et des Lois. Je me revois dans mon uniforme étriqué bleu marine, passant le seuil de la vénérable institution pour le congé hebdomadaire. Sitôt franchie la porte, la plupart des élèves dévalaient les rues pour rejoindre le port. Leur après-midi se passait à flâner du côté des ruelles habitées par la faune attirante des marins et des filles. Mon rendez-vous à moi ne m’imposait pas de quitter la cité haute. Je remontais la rue des Remparts jusqu’au musée. La femme de pierre m’y attendait, dressée sous les verrières du hall d’entrée que tapissait le ciel marin.

Je me rappelle cette première fois. J’ai bien dû rester l’après-midi entière à la contempler tellement me fascinait sa forme pure, comme si ce morceau de rocher sculpté par nos ancêtres imposait au cœur du pays les canons d’esthétique qui président à l’éclosion des jeunes filles et des femmes. »

Je sais gré à Sylvie Germain d’avoir postfacé ce roman dans une belle étude intitulée « Veiller, écrire, aimer ». 

Ce roman épuisé figure sur le registre des livres indisponibles de la BNF en vue d’une édition numérisée.

 

+ 22. Marie la passante, DDB, 1999. Ce récit a été publié en « Littérature ouverte », chez Desclée de Brouwer, en 1999. Il a très vite intéressé des gens de théâtre. Éric Lorvoire, metteur en scène, en a fait une adaptation, en complicité avec la comédienne Rachel Boulenger. Une première présentation a eu lieu le 6 mars 2000 au théâtre de la Maison des Auteurs  de la S.A.C.D. La pièce fut jouée ensuite pendant trois semaines au Festival Off d’Avignon et pour deux mois, de février à mars 2001, au théâtre Essaion, à Paris. Autres lieux de représentation : la crypte Saint-Sulpice, l’église de la Madeleine à Paris. Marie la passante a aussi été incarnée par la comédienne Martine Vienne pour plusieurs représentations en Belgique. Beau et sobre spectacle mettant en scène Martine Vienne et la soprano Catherine Meuris, en intermèdes vocaux a capella. Mise en scène d’Eric Gobin (Basilique nationale du Sacré-Cœur de Koekelberg, mai 2004 ; Marché du Théâtre, à Ittre, présenté par le Théâtre de la Vallette, août 2004, etc.)

Marie la passante traite de la figure de Marie Madeleine, qui traverse l’imaginaire occidental depuis vingt siècles, produisant un des grands mythes littéraires, d’une inépuisable fécondité. Beaucoup plus ancien que Tristan et Iseut, Roland à Roncevaux, Don Quichotte, Don Juan, le séducteur, Robinson sur son île, il se maintient si vivant que notre société le considère comme une vérité historique, alors que les historiens – dont je fais partie – savent bien qu’il s’est construit de siècle en siècle, à partir d’une documentation extrêmement pauvre. Depuis le livre de Dan Brown Da Vinci Code, il est clair, sur les plateaux de télévision, que Marie Madeleine était la femme de Jésus ! Qu’importe si les références historiques manquent. On en trouvera.  Par exemple : Jésus était rabbin, or les rabbins étaient mariés, donc Jésus était marié ! Si les dossiers étaient aussi simples, les centres de recherche universitaire à Cambridge, Oxford, Londres, Paris, Berlin, Yale, Bruxelles, Jérusalem, et j’en passe, seraient invités à fermer leurs portes pour cause d’inutilité. C’est le grand problème de l’historiographie. En physique nucléaire, tout chercheur appartient à une structure de recherche. Il est la plupart du temps engagé dans un travail d’équipe. Il participe a des colloques, expose ses résultats, se voit contesté, interrogé, validé dans son travail. En revanche n’importe qui peut se déclarer historien. On produit alors ce que Michel de Certeau appelait, avec pertinence, de la « demi-science ». 

En fait, nous ne savons presque rien de l’existence d’une Marie de Magdala, dans les évangiles. Le personnage de Marie Madeleine a pris consistance, dans la tradition, par l’assimilation de trois femmes mentionnées dans les évangiles : 1. Marie de Magdala dont Jésus chassa sept démons, faisait partie des femmes accompagnatrices de Jésus, était présente à la crucifixion, au tombeau 2. la femme qui verse du parfum sur les pieds de Jésus et dont on ne connaît pas le nom dans les trois premiers évangiles 3. et enfin Marie de Béthanie, sœur de Lazare, que le quatrième évangile assimile à la femme qui versa du parfum. 

Plus tard, un évangile gnostique, l’Évangile selon Marie, dit que Jésus aima Marie bien plus que tous les apôtres. Un autre, l’Évangile selon Philippe, dit même que Jésus l’embrassait sur la bouche. Normal. Chez les gnostiques, en effet, Marie représente Sophia, la Sagesse, que Jésus courtise au plus haut degré. Marie ici est bien plus que la femme. Les gnostiques d’ailleurs sont misogynes car la femme a plus partie liée à la procréation, et donc à la multiplication de la matière, matière qu’ils dévalorisent au plus haut point.

Le mythe littéraire ainsi constitué s’enrichit de siècle en siècle. Je pense à la légende des Saintes Maries de la mer, à la Sainte-Baume où Marie la pécheresse aurait pleuré ses péchés, à Vézelay qui conteste à Saint-Maximin-la-Sainte Baume les reliques de la sainte.  Et l’on ne compte plus les Madeleines peintes ou sculptées au cours des siècles. Et le mythe est toujours vivant, inspirant cinéastes et romanciers.

Bien qu’historien de métier, j’ai pris, dans mon récit, le parti du mythe littéraire, parce que je le considère comme une merveilleuse source d’inspiration pour un écrivain. Ma Madeleine occulte certains aspects de la tradition ; ainsi la pécheresse pleurant ses péchés et tenant – comme dans les « vanités » – un crâne contre elle. En revanche, j’ai développé d’autres perspectives, en faisant par exemple le rapprochement avec la femme du Cantique des Cantiques, courant nuitamment, blessée d’amour, dans les rues de la ville à la recherche de l’être aimé. J’ai ainsi tiré le personnage vers la mystique. 

La scène-clé dans les évangiles est celle où Marie recherche le corps de Jésus et demande à celui qu’elle prend pour le jardinier : « Où l’avez-vous mis ? » Michel de Certeau, spécialiste de la mystique française du XVIIe siècle, explique ainsi que la mystique est l’expérience du deuil impossible du « corps » perdu. Il existe deux façons de gérer la perte du corps de Jésus : 1. la façon dogmatique d’une Église qui ne cesse de combler le manque par la multiplication des corps : corps de doctrine, dogmatique, corps institutionnel, hiérarchique, corps architecturaux, édifices, lieux de pèlerinage… 2. la façon « mystique », dont Marie Madeleine est l’emblème : « où es-tu? ». La perte du corps met en mouvement. Le mystique est en quelque sorte un errant (M. de Certeau, La fable mystique, Gallimard, 1982, 109-110). Il est clair que mon personnage va dans ce sens. Elle se retire sur une plage semi-déserte, elle élève des poules, ce qui n’est franchement pas la même chose que de paître des brebis ! 

+23.  Maria Trecatoarea, Traduction de Marie la passante en roumain, par Paola Hritescu, Editura vicovia, 2015.

 

+ 24. Simples portraits au fil du temps, DDB 2000. Ce livre de nouvelles fut d’abord publié, nouvelle après nouvelle, dans le journal La Croix, pour le passage au troisième millénaire. Je l’ai rassemblé en livre et publié en 2000.

Il s’agissait de trouver pour chaque siècle, un geste, une posture rappelant quelque point important des chrétiens affrontés à leur temps. J’ai ainsi imaginé vingt portraits, les élaborant à partir de ce que je connaissais de leur époque. Portraits de personnalités célèbres comme Saint Paul ou Saint Benoît. Portraits de petites gens, inconnues de la grande histoire. Parmi les portraits qui me plaisent bien, après relecture : la Cathare, Benoit et le soldat Goth, simple vie de sœur Jeanne, Mathilde, femme de croisé…

 

+25. Issa, enfant des sables, « Page Blanche », Paris, Gallimard Jeunesse, 1995. Réédition en 1996 et 1999 ; en 2002  en Folio Junior. Traduction en japonais en 2004. Grand Prix du Comité Français pour l’UNICEF 1996.  Issa, enfant des sables, « Page Blanche », Paris, Gallimard Jeunesse, 1995. Réédition en 1996 et 1999 ; en 2002  en Folio Junior. Traduction en japonais en 2004. Grand Prix du Comité Français pour l’UNICEF 1996. De l’écriture de ce roman, j’ai gardé un souvenir lumineux, l’impression d’avoir écrit dans l’évidence, comme on peindrait une aquarelle, sans retouches. Si je retourne au manuscrit, je m’aperçois en fait que ce récit a connu, comme tous les autres, bon nombre de reprises. J’ai écrit ce roman après deux voyages qui m’ont particulièrement marqué. Le premier m’a conduit au Hoggar et dans les Tassili du même nom, expérience inoubliable en compagnie de Touaregs. Le second fut un séjour de six semaines au Rwanda. J’y ai visité des villages perdus dans les collines et constaté le travail d’humanitaires dans ce pays essentiellement rural, où il y avait tant à faire en matière de nutrition, d’hygiène et d’éducation. Runaba, Bungwé, Kigali sont là, dans ma mémoire. J’y attache des noms devenus amis, tous gens de grand courage affrontés à des situations si difficiles, suite aux massacres génocidaires. Traduction en japonais : Motovun Co. LTD. Tokyo.

+26.  Ocre, suivi de La statuette de Jade (par Jean-Philippe Arrou-Vignod), Folio Junior, 2002. Ocre, « Page Blanche », Paris, Gallimard Jeunesse, 1998.Une œuvre de commande faite à dix auteurs pour célébrer les dix ans de la collection. L’histoire est celle d’un jeune garçon qui découvre l’univers d’un vieux sculpteur africain. Puissance de la création artistique qui fait surgir des mondes. Dans ce récit, j’ai travaillé la figure de la double apparence (on dirait, en langage savant : l’anamorphose). La statue de cet européen malintentionné représente-t-elle un singe ou un homme ? Souvent, dans la vie, les choses ne sont pas aussi claires que l’opposition entre le jour et la nuit. Le chemin du jeune héros, Doumo, se dessine entre la joie et les larmes. 

 

+27. Coeur de louve, « Page Blanche », Paris, Gallimard Jeunesse, 1999. Réédité en Folio Junior n° 1280. Prix Ados du salon de l’été du Livre, Metz, 2004. Ce roman témoigne de mes nombreux voyages et séjours au Québec pour cause de recherche et d’enseignement universitaires. Je connais le Québec par toutes les saisons, et j’ai gardé un souvenir très envoûtant des hivers. J’ai voyagé par route, par bateau ; j’ai caboté le long du Saint-Laurent, jusqu’au Labrador. Et j’ai découvert l’histoire de ce pays d’émigrés, venant côtoyer les gens des premières nations. Mon roman se situe au XIXe siècle, quand Mauve, qui a vécu douloureusement la commune de Paris, décide de partir pour la Nouvelle France, gardant dans son cœur l’idéal égalitariste de son père mort sur les barricades. Ma pensée va aux amis de là-bas, en particulier Micheline, qui sait si bien parler de ses Laurentides.

+ 28La maison des lointains, « Scripto », Paris, Gallimard Jeunesse, 2002.  Traduction en portugais, S.M. Brésil 2007 Réédité en Folio Junior 1473. Prix Jeunesse Saint-Dié-Des-Vosges 2003 ; Prix SNCF-Rouen 2003. Je rêve depuis toujours d’aller en Namibie, et je n’ai toujours pas accompli mon rêve. Un jour, en plein hiver, je suis entré dans une librairie de Québec et j’ai acheté tous les livres qui parlaient de ce pays africain, magique à mes yeux, et me suis mis à écrire. Je suis passé ainsi des moins 30 degrés de l’hiver à des températures beaucoup plus supportables ! Le roman raconte la vie d’une famille d’Afrikaners et l’attirance de Jan, le jeune garçon, pour la façon dont Kaboko, un Khoi-Khoi, voit le monde. C’est aussi la rencontre entre une lionne et Jan. Thème connu, bien sûr, mais toujours disponible pour tout écrivain qui désire s’en emparer.

+29. Jeremy cheval,  « Hors Piste », Paris, Gallimard Jeunesse, 2003. Réédité en Folio Junior n° 1613. Traduit en espagnol : Un caballo llamado Jeremy, Panamericana, 2015. Réédité en Folio Junior n° 1613.  Jeremy Cheval : Prix Jeunesse de Brive-la-Gaillarde 2003. Sortant, un jour, du film « Une jeune fille à la fenêtre », de Francis Leclerc, j’ai gardé dans l’esprit les images de chevaux courant dans la neige. Ce fut l’origine de mon roman. Nous sommes quelque part dans l’Ouest américain, chez des fermiers. Un jeune garçon, Jeremy, part à la recherche de sa mère indienne. Il reçoit l’aide d’un cheval apaloosa qui le fait entrer dans une horde de chevaux sauvages. Le jeune garçon se métamorphose alors en animal, et apprend la loi impitoyable du grand Ouest, pour les animaux affrontés à tous les dangers.

+30. « L’oncle fantôme », nouvelle publiée dans :  Bonnes vacances, des écrivains au secours de l’enfance, « Scripto », Gallimard Jeunesse, 2004, p. 25-37. 

31. La maison des Lointains. Texte et dossier, « La Bibliothèque Gallimard », Paris,  Gallimard, 2004. Même texte que plus haut, accompagné d’un dossier pédagogique, comme tous les livres de cette collection.

+32. Leïla, les jours, « Scripto », Paris, Gallimard Jeunesse, 2005. Prix Saint-Exupéry 2005 ; Prix de la Nouvelle Revue Pédagogique 2005. L’idée de ce roman m’est venue de reportages sur les bibliothèques menacées par les sables, dans la ville de Chinghetti, en Mauritanie. Une jeune aveugle, Leïla, qui fait semblant d’y voir, un garçon en recherche de repères, un vieil homme à la recherche d’un livre perdu dans les sables, chacun, dans ce récit, est en quête d’un paradis perdu. Des destins se croisent, rendent la dureté des chemins plus supportable. 

 

 

33. « Comment le moula moula sauva la caravane du sel », nouvelle publiée dans : De l’eau, de-ci de-là,  L’écrit du cœur, Solidarités, « Scripto », Paris, Gallimard Jeunesse, 2005, p. 21-30. Il existe beaucoup d’histoires sur ces oiseaux noirs à tête blanche, peu farouches, amis des Touaregs. J’ai entendu celle-ci, sur la caravane du sel, dans les Tassili du Hoggar.

+34. "Le toit du monde", nouvelle publiée dans : Va y avoir du sport, "Scripto", Gallimard Jeunesse, 2006, p. 25-40. J’écrivais cette histoire quand j’ai appris la disparition d’un grand de l’alpinisme, Jean-Christophe Lafaille, disparu au Makalu dans une course hivernale, en solitaire. J’ai toujours eu un grand respect pour ces sportifs de l’extrême, moi qui n’ai jamais atteint qu’un seul 4000 dans ma vie : le Grand Paradis, en Italie.

+35.  « Le diable de Tombelaine » nouvelle publiée dans : Entretiens avec le Diable, Paris-Québec, Les quatre cents coups, 2007, p. 63-77. Tomblaine, c’est une banlieue de Nancy, mais Tombelaine, c’est une île, située dans les grèves, non loin du Mont-Saint-Michel. Je m’y suis quelquefois arrêté, l’été, en traversant les grèves en compagnie d’un guide. Voilà pour les lieux. Quant au Diable, mon Dieu, tout le monde le connaît…

+36.  Archéopolis. 1. Le pilleur de tombes, « Hors Piste », Paris, Gallimard Jeunesse, 2006. La collection « Hors piste » s’adresse à des lecteurs plus jeunes que ceux de « Scripto » pour lesquels j’écris plus souvent. Alisson est la filleule d’un archéologue distrait, qui se souvient mieux des noms des Pharaons que du sien. Un jour, pourtant, il l’invite à un stage d’initiation en Égypte. Début d’une intrigue policière, sur fond de recherche de la tombe d’une princesse ougaritaine, devenue femme de Ramsès II.

+37. Archéopolis. II. L’oiseau du secret, « Hors Piste », Paris, Gallimard Jeunesse, 2007. Dans le sud de l’Égypte, en Nubie, Alisson et son parrain sont à la recherche de la tombe de la princesse. Quand on sait que le nom de cette jeune ougaritaine est Bat-Yarik,  c’est-à-dire « fille de la lune », on se doute que la clé du mystère aura quelque chose à voir avec l’astre de la nuit.

+38.  Archéopolis. III. Les tablettes magiques, « Hors Piste », Paris, Gallimard Jeunesse, 2008. Grâce aux tablettes magiques retrouvées dans la tombe, Alisson remonte le temps et devient Alissatou. Une belle amitié se noue entre elle et Bat-Yarik, effaçant ainsi quelque 33 siècles de distance. Le temps  est si peu de choses quand il s’agit de faire se rencontrer des gens qui se ressemblent et qui s’aiment.

+ 39. Le muet du roi Salomon, Nouvelle édition remaniée, en « Scripto », Paris, Gallimard Jeunesse, 2008. Cette édition, sous la belle couverture d’Olivier Tallec, propose un texte plus abordable pour ados que l’édition en « Page blanche » citée supra. L’histoire est celle d’un jeune Nubien, Gol, muet de naissance, qui s’enfuit de chez lui. Il marche dans le désert et finit par échouer dans une oasis où se cache une autre fugitive, Cippora. Mais seuls les dieux connaissent les destins. Celui de Gol le pousse vers la ville. Une rencontre avec Salomon dont on dit qu’il a pouvoir de guérir, tourne à la catastrophe. C’est pourtant au palais du grand roi qu’il finira par vivre, avec Cippora la fugitive, qui elle n’oubliera jamais le désert. Car le désert contient mille fois plus de richesses qu’il n’en existe dans les palais des rois. 

+40. Jésus, une rencontre en Galilée, « Épopée », Paris, Casterman, 2010. J’ai puisé dans mes connaissances universitaires de l’histoire du premier siècle pour bâtir un roman historique, un vrai. Le héros en est Mika, qui parcourt avec ses mules toute la Palestine pour vendre les produits de la ferme de son père. Dans les auberges où il descend, il fréquente toutes sortes de gens. On parle, on discute, il écoute. Bientôt le bruit se répand qu’un mystérieux prophète opère des choses invraisemblables. Mais tant d’illuminés courent les chemins ! Des fous qui en appellent à chasser les Romains, des sectaires qui se retirent du monde pour vivre dans le désert, des faux messies qui profitent des malheurs des gens. La rencontre aura lieu, entre Mika et le Nazaréen, une rencontre toute simple, quelques mots échangés, dans les collines, sous un olivier. Une rencontre comme en passant… L’intérêt de ce récit est à mon sens de retracer sous forme de roman, mais avec une grande précision historique, le milieu sociologique si diversifié d’un certain Nazaréen, nommé Jésus, qui fit beaucoup parler de lui dans les siècles suivants ! Ce roman n’a rien de confessionnel. Son approche est de bout en bout historienne et culturelle.

41. Jésus, une rencontre en Galilée, Paris, Salvator, 2025. Edition revue et corrigée du précédent, avec développement en particulier des femmes au tombeau. Marie, mère de Jésus. Ce livre est un travail  à partir de mon métier d'historien de l'Antiquité, spécialisé dans la Bible. Le personnage de Mika, totalement imaginaire, me permet de faire le tour de la Galilée, de la Samarie et de la Judée et de présenter ainsi un tableau de la situation politique, sociale, économique et religieuse du premier siècle de notre ère, dans les années 30.

 

 +42.  Laomer. La nouvelle histoire de Lancelot du lac, Paris, « Grand Format », Gallimard Jeunesse, 2018. Un roman d'aventures au souffle épique dans un Moyen-Âge fascinant.

En cette fin du XIIIe siècle, des guerriers nordiques attaquent les côtes d'Irlande et d'Écosse, enlèvent les jeunes gens pour repeupler leurs terres lointaines cachées derrière la mer des Brumes. Morgane l'enchanteresse et Calogrenant, chevalier de la Table ronde, embarquent pour l'Irlande, à la recherche de Robert de Laomer, mystérieux chevalier qui a vu sa femme et son fils périr dans l'incendie de son château. Porteurs d'une nouvelle qui devrait lui redonner le goût de vivre, Morgane et Calogrenant le retrouveront-ils? De la Sicile aux terres gelées du Nord, de la Cornouailles à Venise, de joyeuses rencontres en dangereuses péripéties, jusqu'où les mènera ce périple ?

Lancelot est un personnage de légende et l’on ne compte plus les livres ou les films qui l’ont mis en scène. J’ai beaucoup aimé, celui de Robert Bresson, sorti en 1974, très étrange, très fascinant. Je crois que chaque artiste a le droit de chercher à continuer la légende, à imaginer des aventures nouvelles. Je suis donc parti du personnage de Lancelot amoureux de la reine Guenièvre, pour leur bonheur et leur malheur, et j’ai continué l’histoire à ma façon, en partant du moment où Lancelot quitte la cour du roi Arthur Pendragon. Auprès de lui, j’ai posé quelques figures célèbres des légendes arthuriennes comme Morgane, Viviane, Calogrenant, chevalier de la Table ronde. Puis je me suis demandé comment l’aventure pouvait continuer dans la seconde génération, celle des fils. Ils doivent vivre leur vie, répondre aux questions de leur temps qui ne sont plus tout-à-fait celles de leurs parents. Des guerriers nordiques viennent ravager les côtes d’Écosse et d’Irlande, le monde se découvre plus vaste qu’on ne le pensait. Mes héros vont voyager, aller en Sicile, à Venise, et jusque derrière la mer des Brumes où se cachent les Nordiques. Ils vont découvrir d’autres façons de vivre, hors du monde de la chevalerie. L’action se situe précisément au temps de Marco Polo. Et ce n’est pas un hasard si je le fais rencontrer à l’enchanteresse Morgane quand elle se rend à Venise. Plus de deux siècles avant Christophe Colomb, le négociant Nicolo Polo, son frère Matteo et son fils Marco voyagent jusqu’en Extrême-Orient. Ce sont eux qui fournissent à Morgane une carte des pays du Nord qui l’éclaire sur la géographie réelle de régions demeurées longtemps mal connues.

J’ai voulu montrer une société faite non seulement de chevaliers, mais aussi de clercs, d’étudiants, de savants, de saltimbanques, de commerçants, de voyageurs, de pèlerins. Et surtout, j’ai imaginé pour certains d’entre eux la possibilité de passer d’une classe sociale à l’autre. C’est le cas de Robin, fils d’éleveurs de moutons sur les grèves du Mont-Saint-Michel, qui va à l’école de l’abbaye, puis se rend en Champagne, où il devient membre de la cour. C’est le cas de Pernelle, comédienne ambulante, jongleuse, qui devient femme de châtelain. Mon idée était de montrer que la conduite très transgressive de Lancelot, amoureux de la femme du roi, pouvait augurer d’autres transgressions sociales, comme les deux que je viens de citer. C’est d’ailleurs dans le château de Lancelot que la jongleuse Pernelle et le jeune chevalier Ael vont trouver le lieu pour vivre leur amour, malgré des origines sociales qui ne devraient pas les conduire à se rencontrer pour une vie commune.

 +43. Ulysse I. Prince d’Ithaque, Paris, « Grand Format », Gallimard Jeunesse, 202 

Je résume ici quelques points des entretiens que j’ai eus à l’université de Lorraine-Metz, dans l’île du Saulcy, le 23 octobre 24, sur invitation de Madame M. Bile, responsable de l’association Kallirrhoé. J’ai pensé qu’il peut aider les enseignants lecteurs de ma trilogie sur Ulysse, aux éditions Gallimard Jeunesse. Ce ne sont que des notes rédigées sans trop de souci esthétique. Bonne lecture quand même !

J’ai appris beaucoup en rédigeant cette trilogie sur Ulysse. Et tout d’abord, bien qu’ayant commencé l’étude du grec en classe de cinquième, j’ai découvert ma grande insuffisance dans la connaissance du grec d’Homère, que j’ai trouvé bien difficile. Mais, heureusement, c’est en romancier et non en traducteur que j’ai abordé ce travail. 

Ensuite, j’ai dû éprouver la misère psychologique du romancier appelé à écrire une histoire, pris entre le texte original, ou des textes anciens, ou parfois presque rien, et le texte à créer pour en faire une réécriture. Les choses ne sont pas simples, vous vous en doutez bien. D’autant que pour la jeunesse d’Ulysse, il y a très peu d’éléments dans Homère.

J’ai bien sûr dû me soumettre à certaines lois du genre « littérature de jeunesse ». Au plan de l’intrigue, par exemple, on évite les ruptures dans le déroulement du temps, les retours en arrière ; on lisse la narration de façon qu’elle ne cause pas trop de difficultés. Il faut garder le souci d’un fil d’Ariane pédagogique pour que le jeune lecteur ne se perde pas. Dans l’Odyssée, le célèbre passage du chant VIII où Ulysse entend l’aède Démodocos parler de lui comme d’un héros du glorieux passé, doit être simplifié. J’ai donc enlevé de la bouche de Démodocos ce qu’il raconte du héros pour le faire dire par Ulysse.  J’ai ainsi remis le matériau narratif dans l’ordre chronologique. Et, de ce fait, j’ai effacé une grande originalité du récit d’Homère.

Au plan lexical, on évite bien entendu les mots ou les formules compliqués. Cela dit, j’ai constaté qu’on peut dire beaucoup, et sur des sujets pas toujours faciles.

Une interculturalité

A titre personnel cette écriture m’a permis de me poser des questions nouvelles sur la société grecque et sur ces textes anciens. Le texte homérique fait référence lui-même à des époques anciennes, « au temps où… », au temps des héros que chantent les aèdes.  Et j’ai noté qu’en plusieurs endroits, le texte d’Homère se rapproche de vieux textes proche-orientaux.  J’ai ressenti en plusieurs endroits des signes d’interculturalité du bassin méditerranéen où les cultures se brassaient. 

Sans trop chercher dans ma mémoire, je note par exemple que le dieu Hermès offre à Ulysse, sur le chemin qui conduit au domaine de Circé, une plante de vie, le molu. Il s’agit d’une étrange plante blanche et noire, un pharmakonqui conjure les élixirs nocifs de la rusée magicienne. On songe bien sûr à la plante de vie de l’épopée de Gilgamesh, répandue dans une très grande partie du Proche-Orient vers 1500 avant JC. J’ai aussi découvert que la déesse Athéna décide de « prolonger la nuit » pour favoriser les retrouvailles d’Ulysse et Pénélope, ce qui n’est pas sans me rappeler Josué arrêtant le soleil et le cours de la lune pour permettre aux Hébreux de venir à bout des Gabaonites (Jos 10). 

Ce sont de bien petites remarques (j’en rajouterai quelques-unes plus loin) mais qui ont corrigé mon idée que le grec était une langue classique pure et n’ayant subi aucune influence, faite pour être diffusée dans les collèges comme celui de l’Institut Saint-Paul de Cherbourg, où j’ai commencé l’apprentissage de cette langue, en 1953. Troie, elle-même, est une ville qui ne ressemble pas aux cités grecques, mais évoque quelques cités proche-orientales. 

Ulysse I, Prince d’Ithaque

Une jeunesse à inventer

La principale difficulté rencontrée pour écrire le premier volume, c’est qu’il n’existe pas de livre ancien concernant Ulysse. Flavius Josèphe a écrit une partie de son enfance, dans son ouvrage Bios. Pour Jésus, on a des récits d’enfance.  Il n’y a rien de tel pour Ulysse.  La difficulté est donc de trouver du matériau. 

On cherche dans Homère lui-même, et aussi dans la littérature postérieure, les tragiques grecs par exemple, et plus largement. Par exemple le pseudo-Apollodore Bibliothèque (2e siècle av JC) rapporte des histoires intéressantes ; je lui ai pris la matière de mon chapitre 24, vol 1, où Achille est enfermé dans le palais de Lycomède par sa mère Thétis, pour qu’il ne parte pas à la guerre. J’ai romancé l’histoire, avec Athéna soufflant un rêve à Ulysse pendant qu’il dort avec Patrocle dans une cabane de pêcheurs. Le rêve lui fait voir une sœur fictive d’Achille). Vous avez là un bon exemple  du travail : j’apprends cette histoire de harem d’un grand roi, je construis une petite intrigue autour et je l’intègre dans l’histoire, en la modifiant et en ne gardant pas tous les éléments. 

J’ai découvert d’autres épisodes que je ne connaissais pas, par exemple le récit d’Ulysse simulant la folie, poussant sa charrue pour creuser des sillons dans le sable et y semer du sel. Il feint la folie pour ne pas partir à la guerre. Mais un prince perçoit sa dissimulation et jette Télémaque devant la charrue au risque de le tuer, et Ulysse, arrêtant la charrue, se dévoile. Il est loin d’être fou. Nulle part dans l'Iliade ou l'Odyssée, il n'est question de Palamède et de sa rivalité avec Ulysse. Mais Apollodore raconte cet épisode (Epitomé d'Apollodore III, 6-7), un petit bijou de récit dont un romancier ne peut que saisir quand il le découvre. 

J’ai donc glané un peu partout, bâti une intrigue, où j’ai pu placer des personnages qui me paraissent tous s’imposer par une force, une lumière, une légèreté pour certains d’entre eux, une fantaisie pour l’autres, en tous points remarquables. Je n’ai eu qu’à romancer autour d’eux.

Bien sûr, j’ai veillé à annoncer dans le récit sur l’enfance des choses qu’on retrouve dans Ulysse adulte vu par Homère. Par exemple, j’ai relié la cicatrice à la cuisse d’Ulysse à l’épisode concernant Briséis. Je l’ai imaginée en partie,  cette Briséis, lui donnant une mère grecque et un père roi, alors que dans la mythologie, elle est femme du roi Mynès, cité dans l’Iliade comme guerrier valeureux avec un autre appelé Epistrophe (chant 2, 690-692), et son père est prêtre d’Apollon. (Dans l’Iliade encore, Agamenon qui la vole à Achille la lui rend en disant qu’elle est vierge).  En fait,  je n’en fais pas une reine, mais une fille de roi (Voir mon tome 2, page 72) ; j’ai écrit que son père, roi de Lyrnessos, a une femme grecque qui vient se retirer avec Briséis, dans une maison des pentes du Parnasse, et prier Apollon au sanctuaire de Delphes. Et Ulysse sauve Briséis du sanglier qui la menace. Le lien entre sanglier et Briséis est fait par moi ; il m’a permis de tisser une intrigue romancière plus solide. 

Briséis, bien sûr, m’a beaucoup marqué. Mais encore :

- Le père de Pénélope, Icarios, frère du roi de Sparte, Tyndare. J’ai marqué son souci pour sa fille, son amour des attelages attesté dans les textes anciens. Je ne sais plus trop aujourd’hui ce que disent les vieux textes et ce que j’ai raconté.

- Achille. Là, j’ai fait ce que j’ai pu. Écrivant pour des jeunes, il m’était difficile d’en faire un guerrier, le plus grand, à l’horizon limité ou peu intéressé à autre chose qu’à la gloire des héros. J’en ai fait un ami proche d’Ulysse, ce qui n’est pas trop faux, mais appellerait sans doute des réserves chez un historien. Je passe, bien sûr, très vite sur le fait qu’il a tué la famille de Briséis, au cours des phases de conquête des villes satellites.

- Eumée. Personnage est fascinant. Fils de roi d’une île située très à l’ouest si je me rappelle bien, enlevé par sa nourrice désireuse de retourner dans son pays, vendu à des marins bandits, acheté par Laërte sur demande d’Ulysse.  C’est pour moi un personnage-clé. J’avais envisagé de finir le dernier volume de la trilogie avec lui. Eumée et la sœur d’Ulysse dont je fais l’amoureuse (ce qui n’est pas dit dans Homère) annoncent leur départ pour l’île de son enfance. Il devient ainsi le contrepoint d’Ulysse partant pour la guerre sous la contrainte. Lui, il part librement, et c’est la sœur d’Ulysse qui entreprend son voyage librement elle aussi, par amour. Mais mon éditeur m’a conseillé de terminer avec le héros principal, Ulysse.

Une autre difficulté, en littérature de jeunesse en particulier, c’est qu’on tend à faire des grands héros des gens sympathiques, auxquels le jeune lecteur peut s’identifier. Or chacun sait qu’Ulysse, chez Homère, mais encore plus dans les tragiques grecs et aussi chez les auteurs romains, n’était pas toujours considéré comme le chevalier sans peur et sans reproches.  Il suffit de lire le Philoctète de Sophocle pour saisir combien le personnage d’Ulysse y est décrit comme rusé, menteur et capable d’impolitesses et de graves méchancetés pour récupérer les armes d’Héraklès. J’avoue avoir peu insisté sur les défauts d’Ulysse, qui sont pourtant grands. J’ai cédé à la loi du genre, mais je crois que je ne pouvais pas trop faire autrement. J’ai réussi en quelques endroits à souligner des défauts ; par exemple, Athéna lui reproche son comportement quand il tend un piège mortel à Palamède, celui-là même qui avait osé risquer la vie de Télémaque dans l’épisode de la plage où Ulysse simulait la folie.  Mais cela reste minime. J’ai fait d’Ulysse un ami d’enfance d’Achille, ce qui est sans doute exagéré. 

Ce que j’ai aimé dans ce premier volume consacré à la jeunesse du personnage, c’est broder autour d’Eumée, le prince devenu serviteur. Et aussi traiter des caractères plus rudes, plus complexes comme celui du père de Pénélope, Icarios.

J’ai aussi romancé autour d’Autolycos, le grand-père maternel d’Ulysse, disciple de Hermès et chef d’une confrérie autour du dieu des voleurs. Dans mon roman, c’est chez lui que Briséis rencontre Ulysse. J’en ai fait un personnage un peu à la Robin des bois, qui a toujours le souci des plus pauvres.

J’ai inventé des personnages quand cela m’arrangeait : les deux nains par exemple, qui, comme dans Chrétien de Troyes, sont des êtres très souvent maléfiques. C’est un nain qui invite Lancelot à monter dans une charrette pour retrouver la reine ; or la charrette est un véhicule dysphorique lié à la mort et aux exécutions. Mais dans ma trilogie, j’ai inversé les valeurs et fait de mes deux nains des êtres marginaux et positifs.  Une chanson de Fabrizio de André m’a inspiré également. Dans son album No al denaro, no all’amore ne al cielo, il fait le portrait de personnages de l’Ouest américain  qu’il emprunte à un certain Edgard Lee Masters, auteur américain que de André lisait dans sa jeunesse. Le livre de Masters, Spoon river (paru en 1916) est fait de témoignages de gens morts racontant depuis leur tombe ce que fut leur vie. De André, lui, leur donne la forme de textes pour ses chansons. Il fait ainsi le portrait d’un nain qui déclare :

 « La maldicenza insistebatte la lingua sul tamburo

fino a dire che un nano è una carogna di sicuro

 perché ha il cuore troppo,  troppo vicino al buco del culo. »

« La médisance insiste, bat la langue sur le tambour, 

allant jusqu’à dire qu’un nain est assurément une crapule

 parce qu’il a le cœur trop, trop près du trou du c… »

 

Outre mes deux nains, j’ai aussi inventé « Tout-oreille » et ses fils qui surveillent pour le roi les allers et venues des troupeaux et de leurs voleurs. Ces personnages m’ont permis de développer un des aspects économiques du temps, à savoir l’élevage du petit bétail. C’est d’ailleurs à la recherche de troupeaux volés qu’Ulysse, débarquant sur le continent, fait la rencontre d’Iphitos, qui lui fait don de son arc magique. Ceci m’a permis d’introduire l’histoire d’Iphitos et de ses rapports avec Héraklès.

Je n’ai pas inventé Athéna, mais j’ai aimé la raconter. Moi qui viens de la Bible où le Dieu unique est bien esseulé dans son ciel par rapport aux polythéismes, j’ai eu à gérer ce rapport si beau des dieux et des hommes. Un calque, un double pas si double que cela ? Des dieux menteurs, des hommes beaux comme des dieux. Je signale à ce sujet la dernière parution d’un grand spécialiste, Pierre Judet de la Combe, Quand les dieux rôdaient sur la Terre, Albin Michel-Belles Lettres, 2024. 

 

 +44. Ulysse 2. Vainqueur de Troie, Paris, « Grand Format », Gallimard Jeunesse,  2023.  

 Des trois volumes, c’est le second, consacré surtout  à l’Iliade, qui a été le plus difficile à rédiger. Le texte homérien en fait ne raconte qu’une cinquantaine de jours de la guerre contre Troie, entre le moment où Achille pousse sa grande colère et le celui où ont lieu les funérailles d’Hector dont Achille a redonné le corps à Priam. Mon second volume ne reconduit pas ce schéma narratif, mais commence avec Ulysse quittant Ithaque pour la guerre. La géante colère d’Achille n’arrive ici qu’au chapitre 10, page 48.  Tout ceci pour des raisons de clarté. En fait, j’ai élargi l’horizon de la cinquantaine de jours que raconte l’Iliade. Départ d’Ithaque, puis une série de chapitres qui traitent de la guerre certes, mais aussi de ce qui se passe chez Pénélope, Laërte et Télémaque. 

L’Iliade narre la guerre et ses violences avec une précision j’allais dire diabolique. Peu de détails nous sont épargnés concernant les blessures, les corps percés, les articulations déboîtées, les noyades, les morts par le feu, et j’en passe. Détails anatomiques à la limite du sordide. Le tout accompagné par de jolies formules, comme le refrain « la nuit lui couvrit les yeux ». 

Soulignons aussi l’importance des rites mortuaires par le feu, des bûchers sur la plage. Et notons la présence de métaphores insistantes qui accompagnent le récit guerrier et convoquent ainsi le monde de la chasse, de la nature, de la mer, des nuages, des oiseaux, etc. Ces métaphores sont une sorte de temps de respiration et déjà une interprétation, limitée certes, mais réelle, des tueries décrites avec tant de réalisme. Voir par exemple le chant X, vers 360 ss : « Tels deux chiens aux crocs aigus, experts à la chasse, à travers un pays boisé, pressent obstinément une biche ou un lièvre… » (Iliade, Classiques en poche, traduction Victor Bérard, Les Belles Lettres, 2015, p. 81).

Importance aussi des signes du ciel. Un serpent qui mange des petits passereaux devient un présage. Le tout fait un monde étonnant. Il arrive qu’on se dispute sur le sens du présage ou qu’on refuse ce que dit un devin. Par exemple Hector ne voit pas un présage dans un serpent qui est pris dans les serres d’un aigle ; il ne veut croire en effet que les messages que Zeus lui livre directement. Il n’a pas besoin de serpent ni d’aigle (Chant 12, vers 231 ss. Belles Lettres , Iliade vol. 2, p. 177). 

Nous sommes là dans une société de guerriers, avec des mœurs bien difficiles à raconter pour des jeunes. Comment rapporter l’aspect systématique de la destruction des villes satellites de Troie la capitale ? C’est le cas, de Lyrnessos, ravagée par Ulysse qui détruit la famille royale de Briséis. Hommes tués, femmes emmenées en captivité, condamnées à devenir servantes de leurs tortionnaires. 

 J’ai noté aussi, bien sûr, combien la guerre fait partie des rythmes de la vie. Il y a une saison pour cela. Dans un livre pour la jeunesse, il est difficile d’avoir des descriptions trop longues. Je n’ai donc pas pu exploiter autant que j’aurais aimé la description du bouclier d’Achille, œuvre d’Héphaïstos le forgeron, ami du feu volcanique. Sur ce bouclier, le temps de la guerre y est inscrit, en opposition avec le  temps de paix représenté, si j’ai bonne mémoire, par une fête, un mariage peut-être, bref, une cité en fête.

Deux passages m’ont beaucoup impressionné dans l’Iliade. 

1. La colère du fleuve. Le texte décrit la haine d’Achille, aveuglé par la mort de Patrocle, qui n’obéit plus au règles  ordinaires de la guerre, mais massacre tout ce qu’il trouve devant lui, hommes, éléments de la nature, comme les vagues du fleuve. Le Xanthe, c’est le nom du cours d’eau créé par Zeus, refuse le massacre, et cherche à faire périr Achille pour que le massacre s’arrête. Alors qu’il va mourir noyé, comme ses ennemis, Achille sort du fleuve, mais le Xanthe déborde et continue de le poursuivre. C’est Thétis qui le sauve en s’adressant à Héphaïstos. Celui-ci envoie sur la plaine des boules de feu. C’est la lutte entre feu et eau, l’eau bouillonne, s’évapore, le fleuve a asséché la plaine. Il y a dans cette scène un retour aux éléments cosmiques primitifs, le feu, l’eau. La rage d’Achille est telle qu’aucun humain ne peut l’arrêter dans sa folie meurtrière. La course d’Achille vers le fleuve, dans l’eau, hors de l’eau poursuivi par le fleuve sorti de son lit est proprement géante. Et géante aussi l’intervention d’Héphaïstos jetant ses boules de feu.

2. Le vieux Priam vient réclamer le corps de son fils.  Le film Troie, de Petersen, 2004, a scénarisé l’épisode. Mais malgré le vieux Peter O’Toole et le jeune Brad Pitt, je trouve que c’est plus beau dans un livre. Comme pour le fleuve, j’ai vécu cela comme un changement d’échelle, voire d’esthétique. Le vieux père Priam demande à dormir, il dort. On passe ici à un stade différent. On n’est plus dans des parcours figuratifs de gens déterminés par leurs métiers (des soldats, des chefs d’armée), mais on passe à un niveau autre : la génération, la paternité, la filialité. C’est le père que Priam met en avant, et ses réflexions tournent autour des différentes situations dans lesquelles le père et le fils peuvent se trouver. Cette sorte de décrochement fait une rupture avec les scènes de guerre si précises dans le vocabulaire qui reste essentiellement technique guerrière et de combat. On est ici dans un vecteur non de métier des armes (culturel), mais quelque chose de plus biologique ou de plus génétique : la paternité. Il faut que Priam descende à ce niveau plus fondamental, non plus la guerre, mais la paternité, pour faire son réquisitoire.

 

+45. Ulysse, marin perdu, Paris, Gallimard, "Grand Format", 2024. Marin perdu, est un titre trouvé et suggéré par la responsable des collections, Aurélie. Il me permet d’introduire un thème qui me paraît essentiel dans ce Nostos, et qui est la reconnaissance (en grec, « anagnôrisis »).

Reconnaître

Arrivant sur son île, Ulysse ne reconnaît rien ; il doit refaire le parcours de la reconnaissance. Il y a tout un jeu, à cause des dispositions d’Ulysse à cacher, tout un jeu autour du cacher/révéler. C’est le cas avec le Cyclope quand Ulysse lui révèle qui il est, depuis le bateau, lui qui s’est caché sous le nom de personne.  Ou encore quand il dit qui il est aux Phéaciens. Mais ici, le jeu concerne Ulysse, qu’on ne reconnaît pas certes, mais qui, arrivé de nuit sur Ithaque, déposé avec son lit sur la côte, ne reconnait pas. On assiste donc a des péripéties conduisant au dévoilement de son île. Le symbole en est la brume versée par Athéna autour de lui, et qui va se lever et lui révéler où il est. Le marin perdu ne l’est plus. 

Le récit va gérer beaucoup de « ne pas connaître » et de « connaître » ou de « reconnaître ». Reconnaître la terre, la grotte, le port. Se faire reconnaître par Eumée, Télémaque, etc.  qui vont pour cela devoir passer chacun par une petite péripétie. N’oublions pas le vieux chien, Argos, bien sûr. Arrivé au palais, déguisé en mendiant, Ulysse voit des prétendants qui ne le reconnaissent pas. La servante Euryclée, elle, le reconnaît à la cicatrice de sa cuisse d’Ulysse. Pénélope qne sait pas, se doute, pose un piège (l’histoire du lit déplacé), reconnaît son homme. À Laërte dans sa campagne Ulysse lui révèle qui il est, après l’avoir sermonné pour sa saleté. Ajoutons les signes : les arbres plantés jadis par Laërte et dont Ulysse se souvient,  la cicatrice faite par un sanglier. Il y a aussi le lit que Pénélope demande de déplacer alors qu’Ulysse l’a chevillé à l’olivier dans la chambre ; à sa réponse elle reconnaît que c’est bien lui. Il y a encore l’arc que Pénélope présente aux prétendants en promettant d’épouser celui qui saura l’utiliser pour traverser les haches. Il y a là, dans ces petites séquences d’anagnôrisis (reconnaissance) une voie royale pour comprendre les derniers chants de l’Odyssée.

Les personnages 

J’ai pris quelque liberté avec le récit homérien. Je marie Eumée et Ctimène, sœur d’Ulysse. On ne dit rien de tel dans Homère. Des traditions marient d’ailleurs Ctimène à un compagnon d’Ulysse. En fait, mon idée était de montrer qu’il n’y a pas que des départs pour la guerre. On peut voyager aussi par amour, et donc Eumée, éloigné de son île natale par violence rentre dans son pays et c’est sa femme, Ctimène, qui va s’exiler pour le suivre. Dans mon manuscrit, je terminais par cet épisode qui permettait un renversement des perspectives de voyage. Mais l’éditeur m’a fait remarquer qu’il ne convient pas terminer un livre centré sur un héros par un autre personnage, en l’occurrence Eumée. 

Les passages forts  

Ils sont si nombreux que je ne peux pas les signaler tous ici. M’ont particulièrement marqué l’île de Calypso, où j’ai tenté de créer des figures sémantiques pour marquer un endroit aux limites de notre espace-temps. Par exemple la neige qui ne fond pas dans les mains d’Ulysse, ou encore la vigne qui produit toujours des grappes, sans respecter les saisons. Calypso me rappelle aussi un personnage connu dans le Proche Orient Ancien, Outa-Napishtîm. Cet Outa-Napishtîm se trouve dans l’épopée de Gilgamesh, d’origine sumérienne mais connue largement au Proche Orient, vers 1500 avant JC.  Gilgamesh, roi d’Ourouk, voit mourir son ami Enkidou. Il entend parler d’un humain qui ne connaît pas la mort. Mais pour le joindre, il faut traverser la mer et en particulier l’endroit où sont les eaux de mort. Gilgamesh entreprend donc la traversée.  Je remarque que Outa-Napishtîm et sa femme vivent loin des humains, exactement comme Calypso. Ils ne connaissent pas la mort. Pour Outa-Napishtîm, cette vie sans mort a été donnée par privilège des dieux à l’humain qu’il est. Pour Calypso, la raison est qu’elle est une nymphe. Mais dans les deux cas, on touche à la thématique de la vie sans la mort. La vie sans la mort reste une chose hors de portée des humains, elle n’est pas à portée de leurs mains. Il faut traverser la grande mer pour rencontrer un homme qui a reçu des dieux le privilège de ne pas mourir. Dans ces deux récits, se développe toute une réflexion sur la mort, la condition des humains qui meurent et celle des dieux qui ne meurent pas. 

Ulysse choisit de refuser l’immortalité que Calypso se fait fort de lui obtenir auprès du dieu Hermès. Il repart auprès de Pénélope la mortelle. Gilgamesh, lui, s’entend dire par Outa-Napishtîm que les hommes sont mortels. Mais il existe cependant une plante de vie, au fond de la mer, qui permet à qui la mange de ne pas mourir. Gilgamesh va donc la récupérer au fond de l’eau, mais il se la fait voler par un serpent. Il doit rentrer chez lui en sachant qu’il mourra. Ulysse et Gilgamesh sont deux héros mortels.   

J’ai aussi beaucoup aimé le voyage d’Ulysse aux Enfers, endroit où règne Perséphone, endroit où sont les morts. Ulysse s’y rend parce que Circé la magicienne lui dit que s’y trouve le devin Tirésias qui connaît le chemin pour qu’Ulysse rentre chez lui. Pour se rendre chez Perséphone, il faut arriver au pays sans lumière où vivent des humains, les Cimmériens, qui ne connaissent ni le jour ni la nuit ; il faut traverser le fleuve Océan qui fait le tour de la terre. Et sur l’autre rive, près d’un marais aux plantes et aux arbres pourris, se trouve l’endroit des morts. Ulysse doit faire exactement les rites que lui a indiqués Tirésias (importance du rite du sang :  tout mort qui s’approche et boit le sang de la bête sacrifiée retrouve quelque vie). Ulysse y retrouve beaucoup de monde, Tirésias le devin, mais aussi Agamemnon tué à son retour de la guerre de Troie, et sa propre mère, Anticlée, morte de chagrin à cause du départ d’Ulysse pour la guerre.

Mais il est temps pour moi de m’arrêter. J’aurais encore tellement à dire. Je n’ai même pas parlé du passage le plus connu des enfants, l’histoire de Polyphème le Cyclope, fils du dieu Poséidon qu’Ulysse aveugle et défie, ce qui provoque la haine du dieu à son égard. Je laisse à mes lecteurs le soin de découvrir tant d’autres merveilles. Le retour en Ithaque, le conflit avec les prétendants, l’épreuve de l’arc d’Iphitos et des haches, les retrouvailles avec Pénélope, etc.

46. Nuka et la Baleine, Bibliomobile N° 9, Gallimard. Texte édité en numérique  au moment de la crise du Covid.  Vous le trouverez facilement  en chargement sur le web. En 2010, j'ai fait un voyage de deux J'ai ajouté quelques scènes autour de Mika et de Marie Madeleine et de semaines sur un  brise-glace de Saint-Pétersbourg loué par une agence de tourisme.  40 touristes sur ce bateau conçu à l'origine pour les expéditions scientifiques arctiques. J'y ai beaucoup appris et vu. La nouvelle ici s'inspire , bien sûr, de ce voyage, non par le thème, mais par l'ambiance et aussi, bien sûr, les animaux terrestres et aquatiques aperçus. Je consacrerai une page à ce voyage dans l'espace "Horizons".

 

+47. Les Fabliaux du Moyen Âge, Folio Junior Textes Classiques, Gallimard Jeunesse, n° 1589.

Ce petit livre m’a conduit vers la culture populaire telle que les paysans, les artisans, les commerçants l’élaboraient, toujours prêts à prendre en dérision les prétentions des riches bourgeois, des médecins, des juges, du clergé, des prévôts. Un grand trésor de sagesse populaire qui ne pardonne pas grand-chose des défauts des puissants : cupidité, méchanceté, tromperies en tous genres. La grande arme des petits est finalement leur bon sens. Les femmes et les hommes des fabliaux se tiennent à grande distance de l’image que la littérature courtoise, élaborée dans les cours, en donne. Yvain le chevalier et dame Laudine, Lancelot et la reine Guenièvre d’un côté, le mauvais mire et la femme gourmande qui avale les perdrix qu’elle est en train de rôtir de l’autre, il faut lire les deux types de littérature pour se faire une bonne idée de la richesse littéraire du Moyen Âge. Il est disponible chez Gallimard « texto classique » et chez Belin, dans les deux cas avec un dossier lecture. 

 

+48. Yvain, le chevalier au lion, Folio Junior Textes Classiques, Gallimard Jeunesse, n° 1632.

            Yvain m’attire beaucoup. Je le vois comme un personnage impulsif, dont la bravoure et la loyauté n’ont d’égal que ses capacités à commettre des gaffes. Parti tournoyer avec les amis – il excelle dans les joutes, il est l’égal de Gauvain, le neveu du roi Arthur – il est pris tellement par sa passion qu’il en oublie la date fixée pour le retour par sa dame, Laudine. Yvain  est un personnage solaire. Il ne cache rien, il est lisible comme un livre ouvert, dans ses générosités comme dans son aspect tête en l’air. L’amitié avec le lion, qu’il délivre d’un serpent cracheur de feu, est un bel exemple de sa générosité sans limites et d’entre-aide entre l’animal et l’homme.

Les romans de Chrétien de Troyes ont quelque chose du roman et du conte à la fois. Roman, dans son cas, signifie d’abord écrit en langue romane et non plus en latin, langue des clercs. Mais il y a aussi quelque chose du roman dans sa gestion des personnages qui ne fonctionnent plus comme dans les contes où le roi est tout à son métier de roi, les conseillers tout à leur rôle de conseillers, et les filles de roi tout à leur attente du prince charmant. Il reste bien sûr quelque chose de cela chez lui, mais on voit aussi se mettre en place des psychologies plus particulières, chez les servantes, les dames, et les chevaliers : Gauvain, Calogrenant, Keu, Yvain ont chacun leurs caractéristiques. Du conte, Chrétien de Troyes garde bien des points, par exemple les jardins enchantés, les anneaux qui rendent invisible, et j’en passe. Mais il est aussi le signe d’une évolution de certains motifs du conte. Par exemple, il semble bien que les jeunes filles, qui apparaissent toujours à point nommé pour renseigner le chevalier d’une manière ou d’une autre, aient pris chez lui la place des fées. Ce type de récit distille un charme archaïque, au service de l’amour courtois, qui, dans le cas d’Yvain, s’épanouit à la bonne lumière du soleil, ce qui n’est pas le cas de Lancelot, plus tragique.

 

+49. Lancelot ou le chevalier à la charrette, Folio Junior Textes Classiques, Gallimard Jeunesse, n° 1633

 

C’est un roman plus sombre qu’Yvain. La raison en est qu’ici, l’amour entre le chevalier et sa dame est condamné à n’avoir pas de visibilité sociale. En effet, Guenièvre, la dame aimée, n’est autre que la reine, femme du roi Arthur. Cette discordance entre le social et le singulier permet à Chrétien de Troyes d’aller fort loin dans l’exploration de l’amour courtois. L’adoration que le chevalier entretient pour sa dame le conduit à se soumettre à tous ses désirs, voire à ses moindres caprices. Elle lui demande de combattre au pire durant un tournoi, il combat au pire et se fait traiter de couard. Elle lui demande de combattre au mieux, et il dispose aussitôt de tous ses adversaires.

En plusieurs endroits, Chrétien m’a paru recycler toute une symbolique religieuse. Lancelot s’agenouille devant la chambre de la reine « comme on peut le faire devant un autel ». Et le corps de la femme est célébré avec des accents qui rappellent la vénération du corps eucharistique. Il est dit que Lancelot souffre en martyre, marqué qu’il est par l’épreuve sanglante du Pont de l’épée et le franchissement des barreaux de la fenêtre de la chambre. Dans la quête de la dame, on souffre tout autant qu’au combat, et le corps conserve les stigmates des blessures. L’amour courtois bouscule ainsi les codes d’une société de guerriers rustres pour orienter les valeurs de la chevalerie vers la femme idéalisée.

On trouve chez Lancelot des motifs de conte. Ainsi les léopards aperçus de l’autre côté du pont de l’épée disparaissent comme par enchantement une fois le pont franchi. Mais, comme chez Yvain, ces motifs sont intégrés dans dans un genre littéraire différent, de type romanesque. Le tragique y est beaucoup plus présent que chez Yvain. Cette couleur sombre lui confère une grande beauté.

 

+50. Le livre des merveilles de Marco Polo, Folio Junior Textes Classiques, Gallimard Jeunesse, n° 1720.

            Le récit de Marco Polo, transcrit par Rustichello, rapporte très peu les sentiments individuels, parle plus des peuples et des communautés que des personnes. Ceci constituait une réelle difficulté pour des élèves des collèges auxquels est destiné mon livre. Je n’ai donc pas hésité à créer des personnages et à les insérer dans l’itinéraire du voyage aller et retour tel qu’il est rapporté par Rustichello.  Le personnage d’Angelo, petit berger descendu de ses montagnes pour venir travailler à Venise, dans les entrepôts des la famille Polo, me permet de montrer ce que le livre des merveilles tait en matière de sentiments. J’ai puisé naturellement abondamment dans Le livre des merveilles pour la description des pays, des mœurs des peuplades rencontrées, de la cour du grand Khan. Le livre des merveilles, je l’ai dit, est déjà un très beau livre d’ethnologie, et ceci  deux siècles avant Christophe Colomb. Une belle initiation à la rencontre de l’autre.

 

+51. L’épopée de Gilgamesh, Folio Junior Textes Classiques, Gallimard Jeunesse, n° 1504.

            Ce très ancien récit plonge ses racines dans la culture sumérienne avec plusieurs chants non encore unifiés en épopée. Il faut attendre l’empire akkadien pour que cette unification créative se fasse. Grande et sublime épopée où le pouvoir, le défi, la violence, l’amitié, la mort entrecroisent leur musique.

Une édition Gallimard-Belin existe, à destination des collèges, accompagnée par un dossier. A l’heure où j’écris ces lignes (02-2026), une nouvelle édition  avec illustrations en couleur se prépare pour la rentrée prochaine.

 

+52. L’épopée de Gilgamesh, Adaptée par Pierre-Marie Beaude, lue par Thierry Hancisse de la Comédie-Française. 2 CD, Gallimard Jeunesse 2010. Thierry Hancisse prête sa voix pour cette version sonore de l’épopée.

+53. Gargantua, Folio Junior Textes Classiques, Gallimard Jeunesse, 2019. Rabelais est un des grands exemples de la "littérature carnavalesque". Mikhaïl Bakhtine, pour cette raison, lui a consacré une grosse étude. Resté fidèle à l'église catholique, bien qu'ayant changé d'ordre monastique, il se sent très attiré par les idées nouvelles prônées par Martin Luther, à la recherche de la pureté des origines. Gargantua fait rire, beaucoup rire. Il se moque du fat dictateur Pichrocole et de ses guerres absurdes, des rites religieux ineptes, comme par exemple les pèlerinages pour obtenir la guérison d'une maladie, etc. Le tout dans une géographie réconfortante, surtout quand on y trouve beaucoup à manger et à boire. Mon livre initie à la joie de vivre libre et joyeux, contre tous les grincheux que comptent nos sociétés !

 

+54. Récits de la Bible, Traduits et adaptés par Pierre-Marie Beaude, Folio  Junior. Textes classiques, Gallimard Jeunesse, 2017.

            On dit que la Bible est le livre le plus traduit au monde. Cela ne signifie pas qu’il est le plus lu !La connaissance des textes bibliques chez nos contemporains, et surtout parmi les jeunes générations, est extrêmement mince. Quelques flashes, souvent liés à des films ou des documents vidéos : Adam  et Ève  le serpent et la pomme, l’arche de Noé, Moïse et la traversée de la mer Rouge. Il était bon de commencer par eux, car ce qui est totalement

inconnu rebute le lecteur. J’ai donc repris les récits habituels, puis j’ai sélectionné quelques textes moins connus enrecherchant ceux qui me semblaient aptes à être entendus par de jeunes lecteurs, par exemple David, Samson  et Dalila, Jonas et sa baleine, ou encore le destin de la reine Esther.

 

 

+55. Les contes des mille et une nuits, album musical, Gallimard Jeunesse, 2003. Illustrés par Nathalie Ragondet, mis en musique par l’ensemble Agora et son directeur David Pastor, racontés par Rébecca Marder. J’ai repris ici trois contes susceptibles de donner un aperçu de cette énorme littérature que sont les mille et une nuits. C’est un délice de raconter et de collaborer avec des artistes de grand niveau.

+ 56. La musique sud-américaine. Cayetano et la baleine, musique de Luis Rigou, Paris, Gallimard, 2004. Dans cet album accompagné d’un CD, je suis l’auteur du texte, l’illustration étant de Bertrand Dubois et la musique de Luis Rigou, grand amoureux des flûtes et de tous les instruments de l’Amérique du sud. J’ai imaginé un conte, très simple. Cayetano, enfant rêveur, ne sait rien faire de ses dix doigts. Un jour pourtant, un vieil Indien lui confie le soin d’aller saluer, tout au loin, son amie la baleine. Mais le chemin est long jusqu’à la mer.

+57. Quinze gestes de Jésus, album illustré, Centurion Jeunesse, 1981.  Quinze gestes de Jésus : Je cite en dernier ce premier album auquel j’ai participé. Comme le livre de la création, le livre de Moïse, le livre de Jonas, il fut édité chaque semaine dans la revue Okapi avant de paraître en livre.  Il s’agissait de choisir un geste singulier de Jésus, par exemple « il touche le lépreux », « il se fâche », « il s’éloigne et il prie ».. Je raconte l’épisode, Jean Debruynne le commente, Etienne Delessert l’illustre. J’ai gardé de grands souvenirs de la façon dont nous avons créé ce livre audacieux, à l’initiative de Claude Raison, alors rédacteur à Okapi. J’admire beaucoup l’illustration d’Etienne Delessert, décédé en 2024, dans le Connecticut. Ses livres, dit-on, ont permis de renouveler grandement l’illustration pour la jeunesse. Je partage pleinement cet avis. Et je feuillette régulièrement son œuvre. Un regard fort et singulier sur le monde. Traduction en allemand : Er streckt seine hand aus, Patmos 1983.

+58. Jérémie, que vois-tu ? illustré par Henri Galeron, Paris, Centurion-jeunesse, 1984. 

Cet album et les trois suivants ont été initiés par le journal Okapi. Merci à Claude Raison, alors rédacteur en chef, d’avoir monté ces projets. J’ai gardé le souvenir de bien belles rencontres. Dans cet album, Henri Galeron fait merveille pour illustrer, à sa façon surréaliste, les rêves et les gestes étranges d’un prophète. 

+59. Le livre de la création, album illustré, Centurion, 1991.

            Le livre de la création, illustré par Georges Lemoine, Paris, Centurion-jeunesse, 1987. Ce livre a obtenu le Grand Prix graphique du livre pour la jeunesse  à la Foire Internationale de Bologne pour l'année 1988. Bravo, Georges, créateur des illustrations et de la maquette. Traduction en norvégien, en allemand, en anglais. J’ai découvert, grâce à Georges Lemoine, la délicatesse de l’aquarelliste. Dans le livre que les éditions Gallimard ont consacré à son œuvre, je lui  dis ce que ses illustrations suscitent en moi :"Lettre à Georges Lemoine sur son œuvre graphique", dans : G. Lemoine, La terre, l'eau, le ciel, Gallimard, Paris 1987.

+60. Le livre de Moïse, album illustré, Centurion, 1992.

            Le livre de Moïse, illustré par Georges Lemoine, Paris, Centurion-jeunesse, 1993. Georges Lemoine change ici de technique et opte pour le pastel/crayon de couleur. Dans le livre de Jonas, il était fasciné par les tons vieux rose. Ici, le désert lui inspire des tons ocres de sable, de pisé et de brique cuite, avec des contrepoints de bleu et de gris.  Grande, très grande finesse.

+61. Le livre de Jonas, album illustré, Centurion, 1989. Le livre de Jonas, illustré par Georges Lemoine, Paris, Centurion-jeunesse, 1989. L’album a obtenu le Grand Prix des Treize en 1990. Ce conte biblique est connu, trop peut-être, car on ne garde en mémoire que Jonas et la baleine. Comme tous les contes, il est en fait bien plus subtil. Un vrai plaidoyer pour la non-violence et la tolérance. Message toujours actuel, en somme !

+62. Fleur des neiges, album illustré, Gallimard Jeunesse Fleur-des-neiges, Paris, Gallimard, 2004.

Depuis cet album réalisé avec lui, je suis avec beaucoup d’intérêt l’œuvre chatoyante de Claude Cachin. Il y a quelque chose de la peinture sur bois dans les illustrations de cet album. J’ai voulu faire de mon récit une célébration de l’écriture, je veux dire de cet acte très ancien qui consiste à disposer sur un support des signes énigmatiques, dont la réalisation est tout un art. Fleur-des-neiges s’initie à l’esthétique de l’écriture, à son éthique aussi, qui va avec, car il faut un apprentissage pour découvrir la juste façon de poser son corps, son bras, sa main, de saisir le pinceau. Il existe un prix à payer pour exercer son métier d’écrivain public et l’exercer bien. Fleur-des-neiges le découvre à ses dépens, mais s’en trouvera sublimée. 

 

+63. Khénou, le protégé d’Horus,  album illustré, Milan, 2010.

Khénou, le protégé d’Horus, Milan, 2010. Illustrations de Giorgio Baroni. Ce récit transporte le lecteur dans l’Égypte ancienne, plus exactement dans la cité du delta, Pi-Ramsès. Un jeune esclave, Khénou, est au service de la princesse Méryimen qui lui confie le soin de ses plus beaux chevaux. Mais Khénou, adopté par l’architecte Amenhotep, se pose bien des questions sur son passé. Il ne les résoudra que lorsqu’il pourra en rechercher la trace, dût-il pour cela affronter le désert.

 

+64. Le voyage de Magellan, Folio Junior. Textes classiques, 2025.

Henrique, un jeune philippin dont Magellan fit son interprète, raconte le voyage qu'il réalisa pour accompagner Magellan au Portugal pour la première fois, puis le second durant lequel le capitaine général, à la recherche de la route des épices par l'ouest, mourut. Henrique rentra chez lui, non loin de Malaga, et aurait accompli ainsi le premier tour du monde, en deux étapes, de la Malaisie au Portugal, puis du Portugal à Malaga.

 

 

+65. Yvain ou le Chevalier au lion, Classicocollège, Belin-Gallimard.

       Une adaptation de Yvain existe aussi dans la collection Classico.collège, chez Belin-Gallimard. Une réédition vient de paraître en vue de la rentrée prochaine de septembre 26. Mon récit est accompagné d’un substantiel dossier pédagogique, dû à Catherine Moreau, et d’un bon nombre d’illustrations couleur. On peut aussi écouter trois extraits du récit en scannant des QRcodes.

 

+66. Pierre-Marie Beaude et Patrick Jacquemont, Jérémie, Paris, Cerf, 1984.

 

 Manuscrits

Ce choix de 4 manuscrits permet de se faire une oidée du chemin qui conduit des premières intuitions de l’écrivain, jetées sur papier jusqu’au travail entre auteur et éditeurs, des propositions, des corrections.

1. Divers manuscrits en chantier.

2. Leïla. Manuscrit transitoire qui fut finalisé et édité chez Gallimard, collection « scripto »

3. Manuscrit « La reine fauve » publié finalement sous le titre « la maison des lointains ». Correction transitoire par Laurence Pujebet, des éditions Gallimard, qui conduira à la publication sous le titre « La maison des lointains ». Rédigé lors de mon séjour d’enseignement à l’université Laval, Québec, hiver 1999.

4. Dernières corrections par moi sur le manuscrit de Jeremy Cheval. Envoyé finalisé à Thierry Laroche chez Gallimard pour publication.