31 août 2018. Salon du livre de Nancy.

Je serai présent au salon du livre de Nancy du vendredi 7 septembre après-midi au dimanche 9 après-midi. Dédicace de mon dernier roman, Laomer, bien sûr, et aussi de certains autres ouvrages. Stand de l'Autre Rive. Au plaisir de vous y rencontrer.

 18 juin 2018. Des lecteurs de Marco Polo au travail.

Des élèves du collège Pablo Picasso, à Saulx les Chartreux, ont réalisé un travail de lecture de mon livre sur Marco Polo : carnet personnel de lecture, confection d’un Quiz et d’un jeu de l’oie, de remarquable qualité. Les parents ont reçu un livret de la part du professeur, Madame Murcia-Longchambon, pour accompagner leurs enfants sur ce travail de plusieurs semaines. Ci-dessous, ma lettre à l’occasion des Portes Ouvertes du Collège. À ces Portes Ouvertes, étaient présentés des calligrammes encadrés, des poèmes sous verre, des recueils de poésie, des cartes heuristiques, un univers playmobil et les deux jeux prêts à l'emploi, déployés sur deux tables : le Quiz sur Marco Polo et Jeu de l'oie sur son voyage.

On trouvera tous les documents  concernant ce travail des classes et de leur professeur à l'adresse suivante http://www.classes-de-mme-murcia.com

 
Lettre aux élèves.

 Aux élèves des classes de  cinquième 4 et cinquième 5 du college Pablo Picasso de Saulx les Chartreux.

Le 9 juin 2018

 Chers élèves,

 Toutes mes félicitations pour l’excellent travail que vous avez accompli autour de mon ouvrage sur les voyages de la famille Polo. Votre professseur Madame Murcia-Longchambon m’a fait parvenir toute la documentation : photos des boîtes et plateaux, carnets de lecture, documents pour l’accompagnement par vos parents. Je mesure l’énorme travail que vous avez réalisé, et sa longueur ne vous a pas découragés.

C’est toujours une forte émotion pour un écrivain de recevoir un retour du travail de lecture.  Vous avez fait là un magnifique voyage, même s’il a duré un peu moins que celui de Marco… Je crois que grâce à lui et à Angelo, vous avez découvert combien le monde est grand et combien il peut être beau, quand on veut bien le regarder.

Je vous suis très reconnaissant d’avoir partagé mes émotions quand j’ai écrit et mis en scène les aventures d’Angelo, à partir du Livre des Merveilles.

 Un très bon été à tous, 

PMB. 

5 mai 2018. Chasselas de Moissac.

Belles journées passées dans le jardin. Ici, j'enrichis mon vignoble miniature avec un Chasselas doré de Moissac. En espérant qu'il acceptera le climat de Champagne. On dit que c'est le meilleur des chasselas français. De fait, j'en ai acheté une fois sur le marché : très cher et délicieux !  

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9 avril 2018.

Interview de Pierre-Marie Beaude à propos de son nouveau roman : Laomer. La nouvelle aventure de Lancelot du lac. Parution le 26 avril 2018, chez Gallimard Jeunesse. 416 pages.

Comment en êtes-vous arrivé à écrire ce roman ?

L’idée m’en est venue après avoir lu et adapté l’œuvre de Chrétien de Troyes. J’ai publié en effet Yvain le chevalier au lion et Lancelot ou le chevalier à la charrette dans la collection « Folio Junior. Textes Classiques », dirigée par J. P. Arrou-Vignod. J’aime beaucoup le Moyen Âge, je me passionne pour les vieux films tels Ivanhoe et Robin des bois, que je voyais déjà quand j’avais dix ans, mais aussi pour les films de Ridley Scott et autres réalisateurs.

 Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans l’écriture du roman ?

Le choix de la langue a été une des difficultés. J’ai écrit dans une langue qui n’a pas grand chose de moyen âgeux, c’est clair. Mais j’ai gardé pas mal d’expressions du temps, bien sûr, et veillé à ne pas commettre trop d’anachronismes. En tant que romancier, je me suis naturellement éloigné parfois de la vérité historique.

  Pouvez-vous préciser ?

Le latin était largement répandu, sous  une forme qui n’était plus celle de Cicéron, bien évidemment. Mais d’autres langues existaient, les langues romanes par exemple, comme celle qu’utilise Chrétien de Troyes. Pour faire communiquer mes personnages venus de différents pays, j’ai suivi la façon de faire des films sur le Moyen Âge ou sur l’Antiquité : j’ai simplifié. Autrement, on se perdrait dans des difficultés infinies. Mes personnages communiquent entre eux plus facilement que ce ne devait être le cas.

 Vous avez cherché à éviter les anachronismes, dites-vous. En est-il resté dans votre roman ?

J’ai fait des anachronismes conscients en me revendiquant de la liberté de romancier.  L’île de Tombelaine, par exemple, où je suis allé en traversant les grèves de Mont-Saint-Michel, n’était sans doute pas, au XIIIe siècle, l’île nue que je décris. On y avait construit un prieuré et une chapelle dont les pierres servirent, plus tard, à la construction du Mont-Saint-Michel.  J’ai préféré garder la vision que j’ai eue en m’y rendant  trois ou quatre fois dans les années 2000 : une île habitée par les oiseaux, en particulier les tadornes de Belon.  Autre exemple : j’ai donné pour auteur aux livres de magie du Grand et du Petit Albert, le nom d’Albert le Grand, théologien du XIIIe siècle bien connu, qui fut le maître de Thomas d’Aquin. En fait, ces livres proviennent d’une compilation de traditions qui commencent certes au XIIIe siècle, mais se continuent jusqu’au moins la Renaissance. Il est admis généralement que quelque chose d’Albert le Grand ait pu y être inclus. Ce n’était pas rare, jusqu’à la Renaissance, de voir des théologiens s’adonner aussi  à l’alchimie et à des sciences expérimentales quelquefois aventureuses.

Enfin, j’ai revendiqué ma liberté de romancier à propos de l’organisation des terres du Nord. Les petits hommes aux chiens existaient-ils au XIIIe siècle ? Je suis allé au Groenland et dans les provinces maritimes du Québec comme celle de Terre-Neuve et Labrador. J’ai appris que les techniques de pêche en mer et sur la glace furent transmises aux Inuit du Groenland, par des Inuit venus du Canada, beaucoup plus tardivement que le XIIIe.

Une dernière prise de liberté par rapport à l’histoire : il existe à cette époque deux grands inquisiteurs, l’un habite Paris et l’autre Toulouse. À Orléans, ce serait plutôt un inquisiteur parisien qui devrait interroger Pernelle. Mais j’ai préféré parler d’un inquisiteur venant d’Aquitaine, terre bien connue pour les cruautés inquisitoriales envers les hérétiques (Albigeois, Cathares).

Il se peut que j’aie aussi laissé traîner quelques anachronismes à mon insu. Mais j’ai tenté de respecter l’histoire et la chronologie chaque fois que je le pouvais.

 Pourquoi une nouvelle histoire de Lancelot ?

Lancelot est un personnage de légende et l’on ne compte plus les livres ou les films qui l’ont mis en scène. J’ai beaucoup aimé celui de Robert Bresson, sorti en 1974, très étrange, très fascinant. Je crois que chaque artiste a le droit de chercher à continuer la légende, à imaginer des aventures nouvelles. Je suis donc parti du personnage de Lancelot amoureux de la reine Guenièvre, pour leur bonheur et leur malheur, et j’ai continué l’histoire à ma façon, en partant du moment où Lancelot quitte la cour du roi Arthur Pendragon. Auprès de lui, j’ai posé quelques figures célèbres des légendes arthuriennes comme Morgane, Viviane, Calogrenant, chevalier de la Table ronde. Puis je me suis demandé comment l’aventure pouvait continuer dans la seconde génération, celle des fils. Ils doivent vivre leur vie, répondre aux questions de leur temps qui ne sont plus tout-à-fait celles de leurs parents. Des guerriers nordiques viennent ravager les côtes d’Écosse et d’Irlande, le monde se découvre plus vaste qu’on ne le pensait. Mes héros vont voyager, aller en Sicile, à Venise, et jusque derrière la mer des Brumes où se cachent les Nordiques. Ils vont découvrir d’autres façons de vivre, hors du monde de la chevalerie. L’action se situe précisément au temps de Marco Polo. Et ce n’est pas un hasard si je le fais rencontrer à l’enchanteresse Morgane quand elle se rend à Venise. Plus de deux siècles avant Christophe Colomb, le négociant Nicolo Polo, son frère Matteo et son fils Marco voyagent jusqu’en extrême-orient. Ce sont eux qui fournissent à Morgane une carte des pays du Nord qui l’éclaire sur la géographie réelle de régions demeurées longtemps mal connues.

 En lisant votre roman, on se demande parfois si on n’est pas plus près de la Renaissance que du Moyen Âge.

On a formalisé les périodes de l’histoire occidentale de façon tranchée, et accordé dix siècles pour le Moyen Âge à lui tout seul ! Il n’est pas difficile d’imaginer qu’en tant de siècles, les choses puissent être différentes ! Le XIIIe siècle, où je situe l’action du roman, est plus proche de la Renaissance que des débuts du Moyen Âge : depuis 476, date de la mort du dernier empereur romain d’occident à la découverte de l’Amérique en 1492, c’est un monde qui se défait et se reconstruit différemment. Notons aussi que ce que appelons Renaissance est un phénomène qui se prolonge. Elle commence tôt en Italie, est plus tardive dans les pays du Nord comme la Flandre. On la situe généralement aux XVe et XVIe siècles, mais Giotto, qui est né en 1267, est un de ces artistes qui annoncent déjà la Renaissance que, faute de mieux, on flanque d’une « Pré-renaissance ». Disons qu’il existe beaucoup d’éléments de « Pré-renaissance » au XIIIe siècle. Giotto n’a plus la vision du monde médiéval, il met l’homme au centre. Voyez ses peintures : les corps prennent du volume, les mollets tournent, les pieds sont bien posés à terre. Voyez le campanile, à Florence, où Giotto a travaillé comme maître-maçon ; il n’a rien à voir avec les cathédrales gothiques. Mon roman fait la part de ces aspirations de pré-renaissance qu’on trouve en plein XIIIe siècle.

La génération des « fils » des chevaliers de la Table ronde paraît plus ouverte sur les problèmes sociaux. Confirmez-vous ce point de vue ?

C’est exact. J’ai voulu montrer une société faite non seulement de chevaliers, mais aussi de clercs, d’étudiants, de savants, de saltimbanques, de commerçants, de voyageurs, de pèlerins. Et surtout, j’ai imaginé pour certains d’entre eux la possibilité de passer d’une classe sociale à l’autre. C’est le cas de Robin, fils d’éleveurs de moutons sur les grèves du Mont-Saint-Michel, qui va à l’école de l’abbaye puis se rend en Champagne, où il devient membre de la cour. C’est le cas de Pernelle, comédienne ambulante, jongleuse,  qui devient femme de châtelain. Mon idée était de montrer que la conduite très transgressive de Lancelot, amoureux de la femme du roi, pouvait augurer d’autres transgressions sociales, comme les deux que je viens de citer. C’est d’ailleurs dans le château de Lancelot que la jongleuse Pernelle et le jeune chevalier Ael vont trouver le lieu pour vivre leur amour, malgré des origines sociales qui ne devraient pas les conduire à se rencontrer pour une vie commune.

Il y a beaucoup de choses dans ce roman à propos de la magie et de la science. Ce ne sont pas les mêmes mondes, je suppose !

Oui, j’ai eu plaisir à faire se côtoyer des mondes différents, celui de l’Église et de l’Inquisition qui veille à la pureté de la foi chrétienne et pour cela instaure des tribunaux, des peines d’emprisonnement, des tortures pour faire avouer, des bûchers. On maintient ainsi une doctrine « pure », contre laquelle il ne fait pas bon aller. Cela n’empêche pas les hérésies de prospérer, ni les pratiques des sciences occultes de continuer. Il existe une médecine naturelle, celle des « herbistes » qui cueillent des plantes et se transmettent des recettes tirées des pratiques populaires, telles qu’on peut en lire dans le grand et le petit Albert. En opposition à ces pratiques populaires de médecine et de magie plus ou moins agressive, j’ai campé aussi la science qui se cherche et progresse. Le personnage qui représente cette science est le médecin Jean Arpange. Un homme que j’ai fait étudier à la vieille Faculté de médecine de Montpellier, féru des Anciens, tel Aristote qu’on redécouvre alors, et désireux d’observer et de raisonner. Mon roman multiplie donc les points de vue sur cet univers très riche où tout le monde, loin de là, n’a pas les mêmes convictions ni les mêmes pratiques. L’enchanteresse Morgane, qui tient un grand rôle dans mon roman, cultive, elle, ses racines celtes, loin de l’Église, croit aux bienfaits de la nature, désire un monde de paix et passe sa vie à contrer les injustices. On la voit ainsi au premier rang quand il s’agit de sauver une pauvre jongleuse des griffes de l’Inquisition.

Que diriez-vous, en bref, pour résumer votre roman ?

Pour autant qu’on puisse résumer un roman, je dirais que Laomer campe un monde qui est beau, vaste, dans lequel construire son bonheur et celui des autres est la quête de toute une vie. 

14 février 18. Le Québec.

Après les pages consacrées au Groenland, je commence une page Québec. Je procéderai comme d’habitude, en construisant tranquillement page par page, en corrigeant éventuellement. Pour l’instant, je suis heureux d’avoir pu mettre un diaporama sur des orignaux observés il y a quelques années, par un matin d’octobre, dans le parc de la rivière Jacques-Cartier, à une petite cinquantaine de kilomètres de Québec. Ce sont des choses qui arrivent rarement, au dire même de mes amis québécois qui souvent n’ont jamais eu l’occasion de rencontrer ces animaux au profil préhistorique. Je parle naturellement d’animaux vivants. Car la chasse à l’orignal existe au pays. Il m’est arrivé de voir une tête d’élan fixée sur le capot du véhicule par des chasseurs exhibant ainsi le trophée de la journée.

Ce jour-là, dans la Jacques-Cartier, je n’avais qu’un mauvais appareil photo numérique, sans même un zoom. Dommage. Mais ces apparitions dans le lit de la rivière embrumée sont bien belles quand même !

30 décembre 2017. Voeux.

Tous mes vœux d’excellente année à tous les visiteurs de ce site. Je sais que beaucoup y viennent régulièrement,  anciens étudiants, lecteurs de mes livres. Une bonne façon d’avoir de mes nouvelles, disent-ils. Que souhaiter ? La santé, la sérénité, la paix, à tous et à chacun, bien sûr. Et surtout, une meilleure santé internationale, dont tous pourraient bénéficier, car on ne peut pas dire que le droit de vivre en paix soit actuellement le mieux respecté ! Drame des Rohingyas, tensions en Corée, Moyen-Orient toujours très instable, migrations économiques et politiques un peu partout dans le monde, particulièrement en Afrique, ne donnent pas de notre planète une image de sérénité, c’est le moins qu’on puisse dire.

De mes nouvelles : durant les fêtes, j’ai travaillé surtout aux pages Groenland de mon site. J’y ai ajouté quelques vidéos, pour rendre plus vivant ce voyage fabuleux qui nous a conduits dans l’extrême nord du Groenland, et fait voir des villages de chasseurs, perdus sur les côtes de mers remplies d’icebergs. Et dans la brume, l’aventure se transformait en périple « quasiment mystique » comme disait notre guide, grand spécialiste du pays, Nicolas Dubreuil.

Mon prochain roman va paraître en avril, sous le titre Laomer ou la nouvelle histoire de Lancelot du Lac, chez Gallimard Jeunesse. J’y reviendrai en temps voulu pour en faire une présentation. Bon réveillon à tous. J’ai rencontré les trois chanteurs de cette photo à Harlem, il y a quelque temps. Que l’écho de leur musique vous parvienne, pour une joyeuse fête.

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15 décembre 2017. Sfar, M. d’Ormesson, Johnny.

 Je suis dans la lecture du volume 7 du Chat du rabbin. Sfar m’épate beaucoup par sa façon de présenter sa vision du judaïsme séfarade, lié cette fois à la tour de… Bab-el-Oued. Il fallait y penser ! Sfar convie à une bonne plongée dans une Algérie d'autrefois, et développe une sagesse du mélange, de la mixité culturelle singulières en ces temps où les recherches identitaires conduisent à gommer la possibilité de vivre avec un « semblable »…  différent, de par sa religion, sa cuisine, ses habitudes vestimentaires, son mode de vie. Les chikayas du chat avec le rabbin, l'imam, le Malka et son lion, ou la mule, élevées au niveau des disputes rabbiniques, valent leur pesant d’or. On ne peut pas dire que Sfar fasse de la théologie en dehors du monde. Et l’on s’interroge :  cette tendresse et cette tolérance lucide, exprimées dans Bab-el-Oued, sont-elles déjà un mythe du passé ?

J’ai vécu le décès de Jean d’Ormesson à travers la télévision. L’Académicien avait pourtant annoncé qu’un écrivain ne pouvait pas partir n’importe quand. Pas vers le milieu du mois d’août, qui vide Paris ; pas en même temps qu’un chanteur (Piaf et Cocteau), car le poète-écrivain pèse moins lourd que le chanteur. L’écrivain aura donc « choisi » son pire moment pour faire ses adieux. Sa mort aura subi  un effet d’éclipse que d’aucuns voient comme une pénitence pour cet homme habitué à briller. J’ai bien aimé les propos de P. Bruel à l’inhumation de Johnny. En substance : tu vas faire le voyage vers là-haut avec d’Ormesson ; vous allez bien vous marrer.

Se pose naturellement la question de la célébrité. Que retiendront les générations futures de l’oeuvre de Johnny, très rarement parolier de ses chansons,  et de celle de l’écrivain ? On connaît les critères qui font les renommées durables. Pour le chanteur, le fait que ses chansons continuent à vivre dans les médias et dans la rue, l’instauration de rituels, de pèlerinages, d’objets à la mémoire. Le grand Elvis nous fournit de tout cela le modèle quasiment indépassable. Pour l’écrivain, il y a les rééditions de l’oeuvre, sans oublier les traductions. Déjà de leur vivant, certains auteurs sont traduits en de nombreuses langues, d’autre non. Il faut aussi compter avec la mise en place d’un cercle d’amis, d’une association consacrées à l’oeuvre. C’est le cas pour Claudel, Gide, Giono, Genevoix… Il faut aussi considérer les études universitaires : mémoires de master, thèses de doctorat, congrès et colloques. Les recherches sur l'oeuvre sont essentielles pour enraciner dans le temps. Autant dire qu’il est difficile de faire le prophète. Laissons le chanteur et l'écrivain affronter l'épreuve du temps.

29 octobre 2017. Un été si rapide.

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Je n’ai pas vu passer l’été. À croire que les saisons s’accélèrent à mesure que je compte les années. Mes années, mon âge. J’ai pris cette mauvaise habitude il y a peu, finalement. À cinquante ans encore, je ne comptais pas trop. Et j’ai souvent réussi à fuir mes anniversaires. Une façon d’éviter de s’appesantir sur la fuite des jours, surtout quand  les deuils se font plus nombreux, comme c’est le cas depuis quelque temps autour de moi, dans la famille et chez les amis.

Que dire de cet été ? Dans la maison du bord de plage, en Normandie, où j’ai passé un mois, j’ai profité du contact avec les amis que je revois chaque année à cette occasion. Le reste du temps, nous nous écrivons. Retour ensuite en Champagne et départ pour la Ligurie, comme chaque année. Nous y avons passé trois semaines. La Ligurie a manqué d’eau : il n’a guère plu depuis le mois de mai. Les olives étaient rares et petites. Elles ont tombé plus tôt que d’habitude si bien que les gens ont commencé la cueillette en avance. Les filets pour recueillir le fruit étaient partout présents sous les arbres. J’ai profité du soleil généreux, pris mon premier bain de la saison à Sestri Levante, profité des chemins qui parcourent les collines de la côte. Ces chemins s’appellent « creuza de ma », comme l’indique le titre d’un CD de Fabrizio de André dans lequel il chante le pays genovese en langue ligure.

Mon ami Bruno se porte mieux depuis quelque temps. Nous nous sommes donné rendez-vous à mi-chemin entre Le Haut-Adige, où il réside, et la Ligurie où nous étions en congé. Nous nous sommes donc retrouvés à Cremona, en Lombardie, pour passer trois jours ensemble, et évoquer tant de souvenirs communs. La cité est belle, avec de fières rues, et une esthétique austère due au Duomo de briques et à la tour, il Torrazzo, de briques aussi. Cent douze mètres, cinq cent deux marches à grimper pour jouir de la vue sur les toits. Je me suis étonné de les gravir sans m’essouffler. Cremona est connue comme la ville des luthiers. Stradivarius et bien d’autres y sont fort célébrés. Partout on trouve une invitation à voir des instruments de toute beauté, et à écouter de la musique.

Nous sommes rentrés en Ligurie à travers l’Apennin de l’Emilia Romagna. Des petites routes fort accidentées, quelques cols à passer, un paysage rural à l’habitat épars, fait d’oliviers, de forêts de châtaigniers, de vigne, d’arbres fruitiers.

Ces séjours italiens me revigorent. Ils prolongent souvent l’été par des jours d’automne plus doux, aux lumières dorées dans la campagne et sur la mer. Reste, au retour, à se préparer à l’hiver et aux jours gris. Un bon moyen pour y parvenir est de se concentrer sur ses manuscrits.

J’ai achevé le texte de réflexion sur l’exégèse, dont je parlais dernièrement. Mon roman jeunesse sur les chevaliers de la table ronde sortira en avril. Et j’ai pu avancer cet été un nouveau roman. Le thème en est l’émigration. Un sujet grave, qui suppose qu’on progresse avec un ton juste, en évitant la sensiblerie. Délicat. J’y consacre le meilleur de mes journées.

1 juin 2017. Quelques nouvelles.

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Ma traduction adaptation de quinze textes de la Bible va paraître le 8 juin sous le titre Récits de la Bible, en folio junior.

Je fais quelques corrections de détail sur mon prochain roman à paraître chez Gallimard Jeunesse. Comme je l'ai déjà indiqué le 7 avril (voir ci-dessous, à cette date), il s'agit d'un roman de chevalerie, situé vers la fin du XIIIe siècle. Ce récit reprend quelques personnages essentiels de la Table Ronde, Lancelot, Morgane, Calogrenant. Beaucoup de chevaliers illustres se sont retirés, tel Lancelot dont on n'a plus de nouvelles, après la fin tragique de ses amours avec la reine Guenièvre. C'est maintenant à la nouvelle génération, celle des fils, de prendre le relais. Mais le monde change vite et ils découvrent qu'il est fort grand, beaucoup plus que ce que l'on pensait jusqu'à présent. Rien de tel que de voyager pour en explorer les confins. C'est ce qu'ils font, depuis les Brumes du Nord jusqu'en Sicile, et autres lieux. Je reparlerai de tout cela en temps opportun.

Je me prépare à un été d'écriture : un nouveau roman ainsi, au plan universitaire, qu'un texte sur les enjeux de l'exégèse contemporaine. Ceci au bord de la mer, en Normandie, et ensuite en Ligurie où, depuis quelques années, j'ai pour habitude de passer quelques semaines. Un bon été à tous mes lecteurs !

13 avril 2017. Comment dire son identité ?

La campagne présidentielle nous donne un bel exemple de l’état de crise et de pertes de repères dans lesquels notre société se dilue. On reproche à un candidat d’avoir salué des Arméniens, des Grecs ou des Libanais marseillais, là où il n’aurait dû voir que des Français. La solution serait-elle donc l’intégration par déni des liens d’origine, par peur du communautarisme ? On a déjà connu ce déni des liens d’origine, naguère, chez les instituteurs qui formaient de bons français par le moyen d’une bonne histoire de France et d’un bon langage qui entrait en guerre contre les patois et les langues régionales. Il est même arrivé que des parents eux-mêmes, immigrés, interdisent à leurs enfants de parler leur langue. Une amie, F., dont la famille venait des rives du lac de Garde, n’a jamais eu droit de parler italien. Une autre, E., m’a montré la photo de sa grand-mère italienne dont elle a essayé de parler un peu la langue en prenant quelques cours d’italien à plus de quarante ans. Le père espagnol de ma cousine, chassé d’Espagne par la guerre civile, marié à une française, ne lui a jamais enseigné sa langue. Elle l’a apprise par elle-même, à la recherche sans doute de quelque chose de précieux dont on l’aurait privée. Ce rapport aux communautés d’origine est crucial. La guerre mondiale de 39-45 l’a terriblement illustré quand Hitler déclarait incompatible avec l'idéal nazi le fait d’être Juif et Allemand.

Je songe, a contrario, à ce qui se passait au début de notre ère, dans l’empire romain, où l’unité et la cohésion impériale se faisaient par distribution de la citoyenneté romaine. Celle-ci ne prétendait pas effacer la citoyenneté locale ; elle s’y  rajoutait. On pouvait être ainsi citoyen d’une ville déterminée et citoyen romain. Une façon d’intégrer et de romaniser les élites, sans prétendre les déraciner. Énoncer son identité, alors, ne se faisait pas en un mot. On avait besoin de plusieurs phrases pour la dire. C’est ce que j’appellerais, avec Paul Ricoeur et bien d’autres, l’identité narrative. J’ai besoin d’un récit pour dire qui je suis. Un des plus célèbres apôtres chrétiens, Paul de Tarse, en est un parfait exemple. Dans les Actes des Apôtres, il est arrêté par une patrouille romaine comme fomenteur de troubles.  Il s’adresse alors au tribun qui le conduit à la forteresse Antonia, au cœur de Jérusalem, et lui dit :

« Pourrais-je dire deux mots ? » Le tribun lui répond : « Tu sais le grec ? Tu n’es donc pas l’Égyptien qui a soulevé ces derniers temps et emmené au désert quatre mille sicaires ( = révolutionnaires) ? » Paul lui répond : « Moi, je suis Juif, de Tarse, en Cilicie, citoyen d’une ville qui n’est pas sans renom. Je t’en prie, autorise-moi à parler au peuple. » Le tribun lui en donne permission et Paul s’adresse alors aux Juifs en langue hébraïque » (Actes 21, 37-40). Dans un autre passage où il est arrêté et menacé du fouet par l’autorité romaine, il déclare : « Un citoyen romain, qui n’a même pas été jugé, avez-vous le droit de lui appliquer le fouet ? » Le centurion auquel il s’est adressé met alors le tribun au courant : « Qu’allais-tu faire ! L’homme est citoyen romain ». Le tribun va donc trouver Paul  et lui demande de confirmer qu’il est bien citoyen romain et Paul répond par l’affirmative. Le tribun lui dit : « Moi,  j’ai payé une forte somme pour acquérir ce droit ». Ce à quoi Paul répond : « Moi, je le tiens de naissance » (Actes 22, 25-28).

Ainsi donc, pour dire qui il est, Paul doit rassembler plusieurs points dans un petit récit : sa judaïté, sa citoyenneté de Tarse, dont il se montre fier, sa citoyenneté romaine qui lui donne des droits, son bilinguisme : le grec et la langue hébraïque (araméen et hébreu).

Loin de moi le désir de comparer la situation de l’empire romain du premier siècle et notre société. Reste que  le recours à l’histoire peut nous fournir des mots pour penser l’identité. Un homme a toujours une descendance, une origine (en grec : un genos). C’est ce qui l’inscrit dans le temps. Il a aussi un ethnos, qui l’inscrit dans l’espace en tant qu’appartenant à un groupe commun, à un peuple, à une nation (c’est là que les problèmes actuels se posent souvent, avec les communautarismes et la hiérarchisation des appartenances de type « ethnique »). Il possède une langue, mais peut en avoir plusieurs, etc. Rien de tout cela n’est facile à gérer. Il me semble seulement que les solutions simples risquent de devenir vite simplistes et de générer plus de frustrations que d’identités heureuses dont on espère qu’elles pourront retrouver des racines en des temps plus apaisés. 

7 avril 2017. Quelques nouvelles. 

 Le printemps installe ses belles journées. On s’affaire au jardin : toilettage de la pelouse, du bassin envahi par les feuilles mortes (les poissons disent merci), remise en marche de la pompe, terreau pour les nénuphars. L’ami Robert est venu tailler les cinq pieds de vigne.  J’ai surveillé les bourgeons du cognassier, attaqués par la chenille, pulvérisé de l’eau savonneuse sur le groseillier où les pucerons se manifestent dès les premiers jours de soleil.

Je relis tranquillement le manuscrit de mon prochain roman à paraître en 2018. Il s’agit d’un récit de chevalerie. Je l’ai situé au XIIIe siècle, grand siècle s’il en est, rempli de créativité, riche en artistes, en bâtisseurs, en voyageurs. C’est aussi un monde contrasté. Dans un siècle où sévit l’Inquisition, condamnant les sorcières et les hérétiques à des morts atroces, s’acharnant sur les corps au nom du salut des âmes, on voit apparaître l’amour courtois célébrant la beauté et le désir, la science avec des adeptes des philosophes grecs, en particulier Aristote, que des savants, souvent mahométans, redécouvrent pour s’en inspirer. C’est enfin un monde de brassage culturel. On voyage beaucoup, on échange, on partage les savoirs dans toutes les universités d’Europe. Un grand siècle, rempli de désirs et d’espoirs, où j’ai eu plaisir à faire voyager mes personnages.

J’ai écrit ce roman dans une langue légèrement décalée, avec quelques mots et expressions du Moyen Âge aux élégantes saveurs :  « chiffonneurs » pour « chiffonniers », « herberie » pour « connaissance des propriétés des plantes », « lamentaisons » pour « lamentations », etc.   On est parfois surpris de constater que des mots que nous pensons récents et empruntés à l’anglais existent déjà au Moyen Âge. C’est le cas de « chalenge », qui s’écrit avec un seul « l » et signifie poursuite en justice, et plus largement défi, dispute, attaque.

Prochaine activité :  Agde, le samedi 29 avril, à 18 heures 30, je donnerai une conférence sur l’épopée de Gilgamesh, à la médiathèque Maison des savoirs.

Prochaine publication : la Bible, collection Folio Junior-Textes classiques. Il s’agit d’un choix de textes de l’Ancien Testament, traduits par moi et suivis d’un dossier comme il est d’usage dans cette collection. Parution en juin  2017.

28 février 2017. Raconter l’histoire de France.

Comme toujours en période électorale, revient le débat sur l’histoire de France, que les jeunes ne connaissent plus, que les professeurs enseignent mal. On rêve d’un vrai récit, un récit fondateur, qui inscrirait en lettres d’or les événements et les grands personnages que tout un chacun doit connaître. Pas plus que la loi, nul n’est censé ignorer l’histoire de France. Certaines vedettes du spectacle médiatique la racontent à leur manière et si jamais une critique des historiens de métier est proférée, ils crient au complot. Complot de l’éducation nationale qui cherche à étouffer la véritable histoire que moi, X ou Y, qui ne suis pas historien mais bon français, je veux enfin révéler à mes concitoyens. On vous décrit donc la bataille de Charles Martel chassant les Arabes hors de France, Jeanne boutant les Anglais hors du royaume, la vie sentimentale de la Pompadour avec ses amants comme si vous étiez dans l’alcôve. Le problème à vrai dire est que s’il est difficile de se faire passer pour un physicien nucléaire quand on n’a pas fait les études nécessaires, tout le monde peut se décréter historien. Il suffit de savoir raconter des histoires.

Raconter des histoires, c’est d’ailleurs ainsi que l’historien – à défaut de l’histoire –  est né chez les Grecs. Il n’est pas inutile de faire un petit détour vers les origines pour mieux revenir à notre problème du « récit fondateur ».

Le « récit historique » existait au temps des Pharaons et des Assyro-babyloniens. Des scribes et des artistes racontaient et illustraient les exploits des souverains, les seuls en fait à « faire l’histoire ». La vie d’un paysan ou d’un artisan n’intéressait personne et n’était pas susceptible de faire un « grand récit ». Ces chroniques royales se montraient toujours élogieuses puisqu’il s’agissait de célébrer le souverain de qui, soit dit en passant, l’on dépendait pour assurer sa subsistance. Difficile en ces conditions de se montrer critique. Un grand tournant de la vie de Ramsès II fut la bataille de Qadesh, contre une coalition hittite fort bien organisée. Le pharaon passa très près de la déroute. Sur les murs des temples de Louxor, Karnak, Abydos, Abou-Simbel, l’épisode est célébré comme une victoire de Ramsès sur les Hittites. Nous sommes ici devant un bel exemple d’histoire officielle.

Le récit historique existait donc bien avant les Grecs. Mais ceux-ci ont apporté quelque chose de très neuf en inventant l’historien. Hérodote est souvent considéré comme le père de l’histoire ; il serait sans doute plus juste  de le qualifier de père ou d’ancêtre des historiens. Il vivait au 5e siècle avant J.-C, était né à Halicarnasse, en Asie Mineure, parlait et écrivait le grec ; il  fut exilé et voyagea beaucoup, s’arrêta dans des villes où il n’était jamais reconnu comme citoyen. Autant dire que cela constitue une grande différence avec les auteurs des chroniques des Pharaons : Hérodote ne dépendait pas d’un pouvoir, n’avait aucune autorité à servir ni même à flatter. Son but était de raconter ce qui méritait de l’être à ses yeux, surtout les guerres entre les Grecs et les Barbares (Perses,  Mèdes, Scythes…) pour qu’on ne les oublie pas. Pour cela, il se faisait « histôr », c’est à dire enquêteur, à la recherche du savoir au cours de ses voyages. Cette enquête, l’histôr la raconte en utilisant la première personne. Il montre la réalité de son propre point de vue. Il rapporte des légendes, des faits, des croyances, des coutumes, des remarques géographiques. Certaines de ses histoires, où se mélangent légendes et observations personnelles, sont si invraisemblables qu’il fut appelé par certains le « menteur ».

L’histôr est un peu le continuateur des aèdes qui existaient bien avant lui. Songeons à Homère (8e siècle, auteur de l’Iliade et de l’Odyssée). Comme l’aède en effet, l’histôr veut sauver de l’oubli ce qui doit l’être, en veillant à ce qu’on raconte. Cela dit, il diffère énormément de l’aède. Celui-ci s’intéressait aux histoires anciennes, celles des origines du peuple en quelque sorte, avec la guerre de Troie ou l’Odyssée d’Ulysse. Il célébrait les héros du temps jadis. Il invoquait les Muses, il racontait en vers. L’histôr, lui, n’invoque pas les muses mais se base sur ses enquêtes, et il raconte en prose, constituant un récit non des origines mais plutôt des choses plus récentes, comme les guerres entre les Grecs et leurs voisins « barbares ».

Telles furent les origines de l’historien, humbles comme on le voit. À la différence de l’aède ou du philosophe qui avait pignon sur rue et pouvait faire de son activité un métier, l’histôr ne faisait rien de très reconnu.  On pouvait à la limite se passer de lui, tant était grande la richesse d’autres moyens de se rappeler le passé avec les mythes ou encore les chants poétiques des aèdes. Après Hérodote, l’histoire évolua et connut de vrais maîtres tels Thucydide ou Xénophon, qui eux aussi racontaient plutôt le passé récent que l’ancien temps, mais le discours de l’histôr resta minoritaire par rapport aux autres expressions orales ou écrites dans l’antiquité.

J’ai sous les yeux le livre de François Hartog, L’histoire d’Homère à Augustin (Le Seuil, 1999). Il y expose et commente des préfaces et des textes d’historiens de l’antiquité, et l’on y apprend beaucoup sur les humbles origines de l’historien. J’en extrais ce passage fort clair sur son statut : « Cette histoire, devenue pour nous modernes l’Histoire dans son évidence, n’a jamais été  en Grèce et à Rome qu’un discours minoritaire, un d’entre ceux qui, chacun à sa façon, prenaient en charge la mémoire et racontaient la généalogie et les avatars d’une identité. En vérité, les Grecs ‘disposaient, sans l’aide des historiens, de tout le savoir sur le passé dont ils avaient besoin’ (M. Finley). Il y avait tous les récits (logoi, puis mythoi) toutes les traditions orales (akoai) qui couraient, se  colportaient, se transmettaient » (p. 18-19).

En y réfléchissant bien, on peut se demander si le récit d’histoire de France dont on rêve n’appartiendrait pas plutôt aux aèdes des temps modernes qu’aux historiens. N’est-ce pas d’ailleurs ainsi que la chose était encore comprise en des temps proches de nous ? Au XIXe siècle, Victor Hugo et sa légende des siècles proposait un récit documenté de poète, un de ces récits qui entendent bien être fondateur et exalter les consciences. Quant aux historiens du temps, ils produisaient un discours qui nous paraît fort surprenant aujourd’hui dans sa construction. Certains pensent a bon droit que le discours historique a pris alors la place du discours théologique qui s’essoufflait, et qu’il en a reconduit certaines caractéristiques, même quand il se voulait anticlérical et athée. Il est vrai que la Charlotte Corday  de l’Histoire des Girondins rappelle, un peu, les portraits exemplaires des saintes de jadis, même si Lamartine  qui exalte son geste meurtrier contre Marat, en mesure aussi l’inutilité politique. Par ailleurs, Lamartine se voulait plus poète qu’historien. Mais ce n’était pas le cas de J. Michelet, professeur d’université, dont l’œuvre est immense. Elle nous paraît aujourd’hui exaltée, moralisante, s’appuyant sur des faits la plupart du temps établis mais oubliant parfois de vérifier ses sources.  Finalement, l’histoire au XIXe siècle participe d’un récit qui ne dédaigne ni l’exhortation morale, ni l’exemplum, ce genre de récit que les Romains développaient autour d’un personnage donné comme exemplaire. Quelqu’un comme Michelet, dont les compétences historiographiques et la connaissance des faits ne peut être systématiquement contestée, aida plus à la construction d’un « roman national » à destination des Français qu’à une histoire, au sens plus resserré du terme.

On est étonné de nos jours de voir comment le grand chercheur des origines chrétiennes que fut Ernest Renan pratique une méthode inductive qui lui permet de reconstruire des pans entiers du passé en partant d’un seul élément. Sa science critique non contestable est mise au service de la reconstruction d’un « doux Galiléen », promoteur du culte idéal, loin des mesquineries religieuses, un révolutionnaire dont le génie fut précisément de rompre avec tout ce qu’a de laid et de barbare la culture religieuse de son temps. Prenons un petit exemple pour illustrer sa façon de procéder. Tout le monde connaît l’entrée de Jésus sur un âne dans Jérusalem. Tout en citant en  note le passage de Matthieu relatant cet épisode évangélique, Renan n’hésite pas à déplacer ce motif de l’âne pour le situer dans la douce Galilée qui lui paraît beaucoup mieux convenir à cet animal : « Il parcourait ainsi la Galilée au milieu d’une fête perpétuelle. Il se servait d’une mule, monture en Orient si bonne et si sûre, et dont le grand œil noir, ombragé de longs cils, a beaucoup de douceur ». Ce processus d’élargissement de ce que les textes-sources donnent comme un fait singulier est fréquent chez Renan. Le récit de la transfiguration, épisode unique dans les évangiles, devient  ainsi : « On disait qu’il conversait sur les montagnes avec Moïse et Élie ».

Si ces façons de faire paraissent assez étranges aux yeux de l’historien, c’est que l’histoire s’est dotée de plus de rigueur et de contrôle de son discours en devenant, au XXe siècle, une véritable science humaine. Cela ne s’est pas fait en une seule fois, mais il serait difficile de ne pas citer, aux origines de cette naissance de l’historiographie entre les deux guerres, l’école des Annales, avec Lucien Febvre et Marc Bloch. Plus tard vint la nouvelle histoire, avec Pierre Nora, Jacques Le Goff, etc. Tout ceci contribua à élargir le champ des investigations des historiens (le social, le culturel, et non plus seulement le politique et les grands personnages) et à fournir une réflexion sur l’épistémologie de l’histoire. En d’autres termes, on prit le temps de s’asseoir pour réfléchir à ce qu’un historien fait quand il fait de l’histoire. Parmi les livres connus, citons au moins ceux  de Paul Veyne, Comment on écrit l’histoire (1971) et de Michel de Certeau, L’écriture de l’histoire (1975).

Pour conclure. On discutera sans doute encore longtemps sur un possible récit fondateur de l’histoire de France, qui, à mon avis, appartiendrait plus à un manuel d’instruction civique qu’à un livre d’histoire. Et les critiques contre les manuels scolaires et les enseignants continueront de pleuvoir, au moins durant les campagnes électorales. Il serait dommage qu’elles conduisent à occulter tout ce que l’historiographie contemporaine apporte aux élèves et aux étudiants : le sens critique (que les émissions pour grand public à la TV ne nourrissent nullement), la façon de consulter et d’utiliser les archives, la façon dont l’historien écrit, l’intérêt pour des sujets d’histoire autres que les amours de la Pompadour ou les guerres napoléoniennes. Histoire des paysans, des bourgeois, des idées, des croyances, des religions, de la colonisation depuis l’antiquité, de l’esclavage, des institutions politiques, des arts, des cultures, et j’en passe. Ajoutons qu’il y a place pour toutes les grandes étapes de l’histoire dans les manuels : la période gallo-romaine pour initier aux culture celtes et latines, la période des Francs pour initier aux début d’une royauté... Car c’est de commencement en commencement que l’histoire de France s’est construite,  des Gaulois aux Francs, de Charlemagne aux Capétiens, de la Renaissance au grand siècle et du grand siècle au siècle des lumières, de la royauté à la révolution et à la république, etc. C’est en enseignant de façon attentive et scientifique les différents commencements de l’histoire sur le sol français que l’on résout la question de l’origine. La France est devenue la France de commencement en commencement.

14 février 2017. Gorilles de Ténérife.

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De tous les animaux marins, ce sont certainement les baleines qui me fascinent le plus. J’ai eu la chance d’en observer beaucoup  au Québec, dans le Saint-Laurent, à Tadoussac, mais aussi du côté de l’île Anticosti, au Labrador et sur la côte atlantique de la Gaspésie. J’en ai vu encore près de l’Islande, au Groenland et au Svalbard. Chez les animaux terrestres, je suis attiré par les grands primates, mais j’en ai moins l’expérience que des baleines et des dauphins. Un voyage au Rwanda, il y a environ trente ans, m’avait conduit dans le nord du pays, au pied de la chaîne volcanique des Virungas. Sur l’un des volcans, vivent les gorilles de montagne. Mais je n’avais pas eu l’occasion de grimper tout là-haut.

J’ai vu mes premiers gorilles dans un parc, à Ténérife. On peut les observer de l’autre côté d’un fossé qui évite de dresser une barrière entre eux et nous ; on peut aussi les voir à travers de grandes vitres. Un endroit spécialement aménagé pour leur confort les y attire particulièrement. On est à deux ou trois mètres d’eux. Ce qui frappe, tout d’abord, c’est leur impressionnante masse musculaire, et aussi cette façon qu’ils ont d’avancer sur leurs jambes, le buste en avant et en s’aidant de leurs bras. Leur tête aussi, la forme de leur crâne, leur nuque. Leur regard noir est sans sclérotique.

En les voyant, je n’ai pas eu l’impression qu’ils me renvoyaient quelques chose de mon image, contrairement à ce que disent parfois des conférenciers reporters (plus compétents que moi à vrai dire). Mais j’ai eu plaisir à rester un long moment devant eux, à les observer en train de jouer, l’un d’eux faisant résonner sa cage thoracique à coups de poing, rituel qui est devenu leur symbole, et utilisant des branches et des palmes pour jouer, un autre faisant des roulades. Bref, impression de saluer au passage, comme dans mes rencontres avec les baleines, des compagnons de la nature, vivant dans un monde si différent, qu'on entraperçoit de manière fugace. Je suis revenu en soirée. Ils étaient calmes, assis chacun dans son coin, buste droit, regardant autour d’eux et j’ai songé cette fois à des humains sur le tard de leur vie, observant les environs avec douceur et sagesse, profitant de l’air du soir.      

 

Années 2015 à 2017.

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Le livres des merveilles de Marco Polo 15 02 2015.

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15 février 2015. Marco Polo.

Je viens de terminer mon manuscrit sur Marco Polo, à paraître en début juin aux éditions Gallimard Jeunesse. Le Livre des merveilles, encore appelé Le devisement du monde et Le million, est assez surprenant pour un lecteur actuel. C’est un genre littéraire typiquement médiéval, dans lequel les frontières entre les observations faites par le voyageur et les légendes entendues sont assez poreuses. Il faut s’y habituer, car nous classons différemment et sans doute plus strictement nos savoirs et nos croyances. Les choses sont moins surprenantes pour qui a fréquenté les Histoires du grec Hérodote, ou encore L’histoire naturelle du romain Pline l’Ancien. Hérodote, souvent appelé le père de l’histoire, était aussi appelé… le menteur. En fait, l’historiographie existait déjà bien avant les Grecs. Il suffit de penser aux chroniques des Égyptiens, racontées sur les murs de temples. Ce que les Grecs ont inventé, c’est l’historien-témoin, qui enquête et rapporte en utilisant le « je ». Mais il faut savoir qu’au début, chez les Grecs, être historien n’était pas vraiment un métier. Et que les Grecs avaient d’autres moyens que l’histoire pour assurer un rapport au passé, par exemple avec ces poètes qu’étaient les aèdes. Avant les historiens venaient les auteurs de l’Illiade et de l’Odyssée.  On retrouve dans le livre des merveilles bien des interrogations et des légendes qui étaient déjà là chez les Anciens : la salamandre, par exemple, et son rapport avec le feu dans lequel elle est censée vivre. Autre difficulté du livre des merveilles : les régions et les villes décrites ressemblent à des sortes de fiches destinées aux futurs voyageurs. Le voyage proprement dit occupe les premiers chapitres du livre I, après quoi on passe à des descriptions de régions et de cités, aux modes de vie des habitants, à leur agriculture, leur artisanat, à leurs coutumes, leurs croyances. Le début du livre II est consacré à la cour de l’empereur Kubilaï, puis on reprend les descriptions des régions fréquentées par Marco durant les années où il était au service du Grand Khan. Le livre III, qui commence par le Japon, continue le même genre littéraire. Il y a finalement dans ce livre très peu d’intérêt pour les individus. L’intérêt est sur les groupes sociaux, non sur la psychologie humaine. De Marco Polo, on n’apprend que très peu. À noter – j’ai omis de le signaler – que le livre fut rédigé par un certain Rustichello, auteur de romans de chevalerie, à qui Marco confia ses souvenirs. J’aime beaucoup me plonger dans la littérature dont l’intrigue se présente sous forme de voyage. L’Odyssée, bien sûr, m’a toujours passionné. Et j’ai pris beaucoup d’intérêt à adapter L’épopée de Gilgamesh, longue quête conduisant le héros jusqu’au bout du monde. C’est là que vit Outanapistî, de qui Gilgamesh espère trouver un remède contre la mort. Je m’intéresse aussi depuis longtemps aux journaux de voyage. Ce genre s’est développé avec les grandes découvertes de Christophe Colomb et de tous les navigateurs de son temps. Vers la fin du XVIe siècle, on voit naître l’ethnologie, avec Jean de Léry et son Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil (1578). Claude Lévi-Strauss considérait ce livre comme « un chef-d’œuvre de la littérature ethnographique ». Ce type de littérature  pose la question de l’autre, de son « altérité », et remet donc en question les propres certitudes sur  ma propre identité. Qu’est-ce qu’un sauvage ? Pourquoi va-t-il nu ? Pourquoi a-t-il plusieurs femmes ? Pourquoi brûle-t-il ses morts ? A quoi servent ses dieux, ses totems, ses sacrifices ? La conscience de ma propre identité s’en trouve-t-elle mise en cause ? Devant une si grande diversité du monde, que devient la notion même d’homme et celle d’humanité ? La force du Livre des merveilles est dans le fait que deux siècles avant Colomb et trois siècles avant Léry, il rapporte déjà des observations ethnologiques, par exemple sur les fêtes des Tartares.

La Bible de Lucile 2 02 2015.

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2 février 2015. La Bible de Lucile.

Ce dernier-né de mes livres a demandé quatre ans d’une rédaction assidue, de quatre à six heures à peu près quotidiennes. Le défi à relever était de taille : offrir au lecteur intéressé par la lecture de la Bible, mais démuni devant un tel monument, un itinéraire accompagné. D’où cette idée d’un texte à deux voix, sous forme d’échange de courriels, entre Lucile, une jeune femme mariée, mère de deux enfants, et son oncle, spécialiste de la question, et disponible pour une telle entreprise depuis qu’il est à la retraite.

Le spécialiste me ressemble bien sûr, mais pas complètement. J’en ai fait par exemple un ancien étudiant de l’École Biblique de Jérusalem (EBAF) ce qui n’est pas mon cas.  J’ajoute que tout auteur de fiction se sent partie prenante de tous les personnages qu’il crée. Lucile m’exprime également dans ce que je suis. Certains lecteurs qui me connaissent bien me l’ont d’ailleurs fait très vite remarquer.  

Pourquoi le nom de Lucile ? J’ai pensé à Sénèque et à ses Lettres à Lucilius. Plus tard, je me suis aperçu qu’au XIXe siècle, un pasteur protestant, Adolphe Monod, avait publié un dialogue intitulé Lucile ou la lecture de la Bible. J’ai trouvé intéressant de maintenir mon titre, en clin d’œil à un prédécesseur. Peut-être pourra-t-on un jour comparer les deux textes et estimer ainsi la distance entre deux lectures pratiquées à un bon siècle de distance. 

Interview dans Le temps, de Genève 4 04 2015.

4 avril 2015. Interview et info.

Interview : Ignace Jeannerat publie une longue interview  de moi à propos de La Bible de Lucile, dans le Journal de Genève, Le temps, du samedi 4 avril 2015. 

Info : La page Romans et récits adultes de ce site est (enfin) ouverte. Non définitive, bien sûr.

Lecteurs de la Bible de Lucile 4 05 2015.

4 mai 2015. Lecteurs de Lucile.

Publiée en octobre 2014, la Bible de Lucile, bien couverte par la presse, me vaut aussi quelques courriers des lecteurs, parmi ceux qui ont opté pour la lecture en continu de l’ouvrage, soit 1248 pages. Les lecteurs les plus assidus sortent de l’aventure au bout de quatre à cinq mois. Une belle performance. D’autres préfèrent ranger sagement le livre dans leur bibliothèque pour le ressortir de temps en temps et se concentrer sur un chapitre, au gré de leur intérêt du moment. Un lecteur retraité (Françpois T.) m'écrit qu'il en lit régulièrement un passage au petit déjeuner, en compagnie de sa femme. Voici un commentaire d’une lectrice assidue, qui a opoté pour la lecture continue. La_Bible_selon__Michelle.pdf

Traduction roumaine et prix littéraire 10 03 2015.

10 mars 2015. Deux infos.

1) j’ai reçu la traduction roumaine de mon livre Marie la passante. Un grand merci à la traductrice, Madame Paula Hristescu, qui s’est prise de passion pour ce portrait de Marie Madeleine, et aux éditions Vicovia. Je n’ai pas encore parlé de ce récit, car ma page Romans et récits adultes est encore en chantier. Patience. Il y a tant à dire sur ce véritable mythe littéraire de la Madeleine, qui traverse pratiquement les 20 siècles de l’histoire occidentale. 2) La Bible de Lucile, éditée chez Bayard, vient de recevoir le Prix 2015 du Syndicat des Libraires de Littérature religieuse, prix qui me sera remis au Salon du Livre de Paris, le lundi 23 mars à 11 heures, au stand des libraires religieux. Ce très gros livre de 1248 pages a trouvé visiblement son public. 

Retour à Cefalù 20 06 2015.

20 juin 2015.  Retour à Cefalù.

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Je n’ai pas avancé beaucoup sur ce site depuis quelques semaines. La raison en est due en partie à un voyage en Sicile, le troisième de mon existence. J’ai découvert cette île en juin 1968. Avec trois amis étudiants, j'en avais fait le tour en voiture. Des souvenirs précis m'étaient restés, comme la montée, par grand beau temps, au sommet de l’Etna, tout près d’un cratère latéral qui crachait régulièrement et envoyait quelques bombes fort visibles sur les photos que j’en avais prises et que… je recherche sans succès depuis quelques semaines. Les temples d’Agrigente, de Sélinonte, de Ségeste avaient survécu dans ma mémoire de façon assez vague. J’avais en tête une sorte de paradigme du temple grec par excellence, le temple idéal, tout en équilibre, avec ses colonnes tapissées de ciel bleu. Était-ce Ségeste ? Agrigente ?

Les Grecs savaient placer leurs temples et leurs théâtres dans des sites magnifiques. Je pense au théâtre de Ségeste, perché sur sa colline d’où l’on aperçoit la mer, à celui de Taormine à qui la mer et l’Etna servaient de décor. À Taormine, malheureusement, les Romains, pragmatiques, ont construit des murs de brique pesants et du plus mauvais effet.

Depuis ce voyage initiatique de ma jeunesse, je suis retourné deux fois en Sicile, en septembre 2014 et en mai de cette année. J’ai choisi les lieux à visiter un peu en fonction de mes souvenirs qui associaient les objets et les ambiances. Comme pour Rome où je suis retourné il y a deux ou trois ans après y avoir vécu quatre ans, j’ai constaté qu’avec le temps, l’esprit réorganise fortement les lieux. En les revoyant, j’ai dû accepter l’évidence qu’ils n’étaient  pas conformes aux souvenirs que j’en avais. L’esprit travaille, marie les ambiances et les objets, oublie des détails et même des aspects importants. Dans mon souvenir, certaines églises de Rome comme Sant’Andrea della valle, ou encore le palais Farnèse, étaient logés à plusieurs centaines de mètres de leur vraie localisation ! Et la rue des boutiques obscures, chère à Modiano, n'était plus celle que je croyais ! De Cefalù, sur la côte nord de la Sicile, j’avais uniquement gardé le souvenir d’y avoir pris un bain de mer. J’ai eu plaisir à visiter une jolie ville, que sans doute je n’avais pas vue par manque de temps, avec ses maisons des pêcheurs et son duomo normand. Et j’ai bouclé la boucle en prenant un bain sur la même plage que 47 ans auparavant. Désir de conjurer la fuite du temps ? Retour aux origines ? Il y avait quelque chose du rituel dans ce bain.

La Sicile m’attire aussi par le fait que des chevaliers normands sont venus y fonder un royaume, au XIIe siècle. Partis pour la croisade, ils reçurent mission de reconquérir l’île occupée par les Arabes. Les Arabes ont laissé de très belles empreintes dans le nom des villes (Marsala est le port d’Allah ; Gibellina est le petit djebel), dans les systèmes d’irrigation et dans les jardins si subtilement attirants. Les Normands eurent l’intelligence d’employer des ouvriers et des artistes arabes,  ce qui produit un art arabo-normand d’une grande beauté. Le duomo et le cloître de Monreale, le duomo de Palerme et celui de Cefalù en sont de vibrants témoignages. La photo ci-dessus représente les maisons de bord de plage à Cefalù.

Ajouts récents 27 06 2015.

27 juin 2015.  Ajouts récents.

Avec Retour à Cefalù, ci-dessous,  j'ai initié mes propos sur l'Italie, mais je tarde à en réaliser la page annoncée dans "Espaces horizons". J'entretiens un tel rapport affectif avec l'Italie, que je ne sais sans doute pas très bien comment en parler. Patience ! 

On trouvera en "Espace manuscrits" un nouveau texte téléchargeable : "Karim, prince du désert". 

Déluge sur Santa Margherita 4 10 2015.

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4 octobre 2015. Déluge.

 Un mur de pluie venu de la mer emprisonne Santa Margherita Ligure. Des hauteurs de San Lorenzo, je n’aperçois plus le port ni les bateaux. Il a plu toute la nuit, il pleut encore, violemment. On se dit que si jamais ce mur progresse encore un peu vers la terre, ce sera un désastre absolu. Le mur s’efface, laisse place à un arc-en-ciel gigantesque. J’en ai rarement vu d'aussi beaux. Je me sens enfant de Noé. Un peu plus tard, j’apprendrai que le déluge s’est abattu sur La Napoule. 

Migrations 13 Octobre 2015.

L’exode des populations du Proche-Orient, prises par les conflits qui ravagent leur pays, réveille la conscience des Européens. J’assiste, impuissant comme beaucoup, à cette crise que personne ne domine. On devine bien les enclenchements, on aperçoit des responsabilités, au point de se demander comment les Occidentaux ont pu semer le chaos aussi inconsidérément, mesurer si mal les conséquences en affirmant que la démocratie suit obligatoirement la fin d’un régime totalitaire. On aimerait que certains intellectuels se taisent et évitent de se prendre pour Malraux sans toutefois s’engager dans les conflits. On aimerait que d’autres parlent quand les silences se font coupables.

N’étant pas homme politique ni écrivain engagé dans les média, ni « penseur people », et ne souhaitant pas le devenir, il me reste mon bulletin de vote, mon chéquier et ce petit blog pour dire mon émotion. Avec mauvaise conscience, j’assiste à un drame humain d’une ampleur considérable, qui rameute bien sûr quelques événements de mon existence. Et je me dis que la vie n’est finalement qu’une série de pauses au sein de grandes migrations.

Il existe une histoire des migrations. Le travail de mémoire se fait d’abord par les journalistes qui alertent sur les conditions des migrants, ensuite par les historiens qui permettent le travail de mémoire et l’enregistrement des crises de la grande histoire. Il y a aussi la petite histoire, souvent poignante, faite de témoignages de migrants.

J’ai vécu l’exode des populations durant la deuxième guerre mondiale, mais j’étais trop jeune pour en garder le souvenir. Si cet exode m’a marqué, c’est par le récit qu’en faisaient mes parents, lors des réunions de famille, et je mesure aujourd’hui combien cette page de leur histoire les avait marqués. Je les ai entendu dire : « la guerre nous a volé nos meilleurs années de vie ».  En 1939,  ils avaient 30 et 31 ans. Écoutant aujourd’hui des témoignages de réfugiés, la marche, la faim, les vexations, les actes de solidarité, je retrouve tous les ingrédients de notre exode à nous. Quelque chose de douloureux, de très fort, de révoltant, s’écrit sous mes yeux.

Obligation fut faite de quitter Cherbourg et ses environs. Les familles furent poussées vers le sud, certaines jusque dans les pays de Loire. Nous nous sommes arrêtés au Teilleul, dans le sud du département de la Manche, à quelque 160 kms de notre point de départ. Accueillie par des paysans au cœur sur la main, ma famille à trouvé le paradis après des années de misère, jusqu’au débarquement  et à la contre-attaque allemande de Mortain qui nous valut d’être pris dans les bombardements. La maison fut touchée par un obus incendiaire, le premier étage où nous dormions a pris feu, une de mes sœurs fut sauvée de justesse grâce au courage de mon grand-père qui est retourné la chercher, au risque d’y rester : dans l’affolement général, nous l’avions oubliée.

Combien de migrations dans l’Antiquité, à cause de la faim, comme le raconte la Bible,  ou quand les empereurs déplaçaient les populations, envoyaient les prisonniers de guerre travailler sur leurs chantiers. Combien en période moderne, avec ces déplacements forcés d’esclaves pour la nouvelle terre, l’Amérique.

Je n’ai malheureusement jamais vu Gorée, ce lieu de mémoire de l’esclavagisme.  J’ai eu, en revanche l’occasion de voir les lieux où débarquaient les immigrants en Amérique du Nord. À New-York, Ellis Island vit des milliers d’immigrants passer. Et nombreux sont les Américains qui comptent un ancêtre passé par cette île.  En la voyant pour la première fois, j’ai  pu toucher le terminus d’une migration dont je connaissais en partie le point de départ. J’ai passé mon enfance à Cherbourg, à quelques centaines de mètres de l’hôtel Atlantique, qui fut construit sur le front de mer, près de la gare maritime, pour accueillir les migrants qui fuyaient les régimes totalitaires, les conflits et la misère. Il y avait un camp de migrants, non loin de chez moi, et j’ai entendu souvent mes grands-parents et mes parents en parler. Par milliers ils partaient vers la nouvelle terre, avec l’espoir d’y échapper à la misère.

 Il y eut aussi les Irlandais. Un célèbre monument leur est consacré dans Manhattan, une sorte de grand plateau de béton, portant la terre, l’herbe et les ruines de maisons irlandaises. À Boston, les édiles, toujours positifs, ont érigé un monument où l’on voit une famille de migrants en haillons et,  tout à côté, cette même famille habillée en bourgeois de Boston. C’est là, à Boston, qu’ont débarqué des familles italiennes et surtout irlandaises qui ont compté ensuite dans l’histoire politique de l’Amérique.

Je suis allé à Grosse-île, sur le Saint-Laurent, en aval de Québec ; ce fut, entre autres, le lieu de quarantaine obligatoire pour les  immigrés en provenance des ports d’Irlande dans les années 1846 et suivantes. La misère, suite aux impôts collectés les grandes familles anglo-irlandaises et à la crise de la pomme de terre, ravagée par le mildiou, avait poussé des familles entières à fuir la terre des ancêtres. Le Parc national canadien entretient ces lieux de souvenir. On les visite en un petit train, on voit l’hôpital, les maisons, on s’approche du monument des irlandais, à la mémoire des cinq mille personnes qui périrent du typhus en un été (et tout autant dans la région de Québec). Un livre a été édité, contenant tous les noms des bateaux qui débarquaient leurs cargaisons de gens épuisés par la traversée, malades. On mourait beaucoup du typhus. Sur le livre que j’ai sous les yeux, sont enregistrés le nombre de morts, de naissances, les noms du  bateau et du capitaine. La situation sanitaire des immigrés était telle que les évêques de la Nouvelle-France écrivirent à ceux d’Irlande de tout faire pour empêcher le départ des bateaux.

C’est après cette visite à Grosse-Ile et la lecture de ce livre, que j’ai imaginé le personnage de John dans mon roman Cœur de Louve. Mais plus que mon roman, je recommande le superbe livre de Giono, Pour saluer Melville, où il campe une Lady, Adelina, venant secrètement en aide aux Irlandais révoltés, durant la crise de la pomme de terre.

À raccorder ainsi aux souvenirs plus ou moins personnels, je ne voudrais surtout pas paraître minimiser ce qui se passe sous nos yeux. Chaque tragédie reste une tragédie, quand bien même on l’inscrit dans une longue séquence.  Entrer dans la grande histoire n’a rien d’une bénédiction. Naguère, les « boat people » nous ont émus jusqu'aux larmes. Et maintenant, la traversée de la Méditerranée, le « mare nostrum » des Romains qui en étaient si fiers, devient traversée de la mort. Je me suis arrêté il y a peu, dans un restaurant de la Tarentaise. Le cuisinier est venu saluer les clients. Apprenant que je me rendais en Italie, il m’a raconté le parcours de sa famille. Originaire des Pouilles, le père est remonté avec toute la famille jusqu’à Milan. Là il a laissé femmes et enfants pour gagner la France, chercher un travail, une maison. Après quelques mois, il est revenu les chercher. Il m’a répété plusieurs fois : « Ce n’est pas une histoire du passé. C’était il n’y a pas si longtemps ».

 S’il nous faut, bien pauvrement, honorer par la littérature les migrants, je me permets de recommander ici deux livres. J’ai lu, au moment de sa parution en 2008, un surprenant Journal, publié en 1734 en Angleterre, traduit peu après en français, que Pierre Gibert a retrouvé dans la bibliothèque de Tocqueville : « Journal d'un négrier au XVIIIe siècle. Nouvelle relation de quelques endroits de Guinée et du commerce d'esclaves qu'on y fait (1704-1734) ». On y voit les raisons apportées par le négrier pour justifier l’esclavage. Tout juste s’il ne rend pas service aux pauvres noirs déracinés.

Lors de mes séjours au Québec, j’ai lu beaucoup sur l’histoire du pays et des Provinces maritimes (Terre Neuve, Nouveau Brunswick, Nouvelle Écosse…). Le roman d’Antonine Maillet, Pélagie la charrette, est pour moi une pure merveille. Écrit dans la langue acadienne, il raconte le retour des Acadiens déportés dans le Sud des États-Unis et organisant leur retour vers leur terre natale, l’Acadie, remontant les États-Unis en charrette à bœufs. Ce chef d’œuvre obtint le prix Goncourt, honorant un beau plant de langue française produit en terre d’Acadie. Une saveur rare.

 

Racines culturelles, laïcité 4 janvier 2016.

 Ce site n'a pas encore un an. J'ai pris plaisir à le créer, avec l'aide d'un neveu efficace en informatique et sans lequel je ne me serais pas lancé dans l'aventure. Qu'il trouve ici l'expression de mes remerciements. Les pages se constituent une à une, lentement, mais sûrement. Depuis mon dernier Quoi de neuf ?, on trouvera en Espace manuscrits une traduction d'un fabliau de Rutebeuf ; dans Espaces horizons, la page sur l'Italie est achevée, et la photo-bandeau de la page Groenland, que je viens tout juste de mettre en chantier, est en place. 

Concernant l’écriture, 2015 a été pour moi une année où l’on taille ses crayons et remplit l’encrier en vue de nouveaux manuscrits. Il m’aura fallu sept ans de travail assidu pour publier mes deux gros manuscrits. Le premier, Saint Paul. L’oeuvre de métamorphose (432 pages), paru en 2011 et destiné aux chercheurs, est le résultat de trois années d’écriture. Le second, La Bible de Lucile (1248 pages), paru en octobre 2014 et destiné à un large public, fut un travail de quatre ans. Pendant ces années, il y eut d’autres publications, plus modestes, car je ne pouvais pas me lancer dans des projets de fiction d’importance. Je sors de 2015 avec deux projets bien avancés. Mais il y a un temps pour tout. Je crois que parler de ses livres quand on les écrit est prématuré. 

Ouverte et refermée sur des attentats sanglants, l’année 2015 restera dans l’histoire du pays comme une période de fort tourment. Étrange monde capable de générer dans le même temps une révolution technologique dont chaque jour nous invite à mesurer la créativité et qui va marquer durablement les générations à venir, et un délitement radical de vastes régions de la planète. Le Moyen-Orient est en feu. Les intérêts y sont tellement multiples et contradictoires qu’il ne se trouve actuellement aucune instance pour éteindre l’incendie. Libre circulation des biens, des personnes dans le monde, libéralisme économique et financier échevelé. Libre circulation de la violence aussi, nous en avons fait la terrible expérience. On aimerait tant que 2016 soit une année de paix !

 Pour ces raisons, l’année 2015 aura été l’amorce d’une réflexion sur des idées et des concepts que nous croyions somnolents. La laïcité, issue des confrontations entre l’Église catholique et l’État français tout pendant le XIXe siècle, ronronnait, apaisée  – ses derniers émois remontaient au projet de suppression des écoles libres sous le Président Mitterrand qui fit descendre massivement les gens dans la rue.  Quoi qu’il en soit, la laïcité suscite de nouveau l’intérêt et demande à être réexaminée à nouveaux frais à la lumière des changements sociologiques survenus dans notre pays, liés à l’immigration, elle même liée à l’histoire post-coloniale et à la recherche de main d’œuvre pour l’industrie.

Reprendre une réflexion de fond n’est pas évident, car nous vivons souvent d’à peu-près dans la connaissance de notre histoire, et l’on ne peut pas dire que la pensée philosophique qui permettrait d’établir des concepts solides soit très honorée chez les politiques. Comme toute autre nation, la France a ses singularités. Elle a connu les guerres de religion, d’une barbarie sans nom. Louis XIV y imposa comme principe absolu « la raison d’état » à laquelle, bien sûr, il soumettait la religion. La France s’est nourrie des Lumières, avec Rousseau, Voltaire, les Encyclopédistes, qui dénonçaient l’obscurantisme et l’intolérance politico-religieuse. Elle a connu la Révolution française,  avec ses idéaux et sa violence, qui fut un événement majeur pour les pays d’Europe. Sa richesse vient d’avoir été un lieu de confrontation entre ses racines chrétiennes séculaires et la pratique de la raison critique. On ne souligne pas assez le fait, par exemple, que la Bible est de loin le livre religieux le plus soumis à la critique de la raison. Et cela ne date pas d’hier. À la Renaissance, c’est-à-dire il y a déjà cinq cents ans, Érasme et tous ses amis érudits, à Bâle en particulier, se livrèrent à un travail monumental de critique des textes sacrés, d’éditions annotées. Avec beaucoup d’humilité, il disait faire simple œuvre de grammairien, mais son travail ouvrait en fait sur une approche nouvelle,  libérée particulièrement de la théologie, comme on le voit dans son Éloge de la folie (1511).  Un siècle plus tard, Richard Simon introduisait le mot « critique » dans la plupart des ouvrages qu’il consacra à la Bible, le plus connu étant l’ Histoire Critique du Vieux Testament (1678). Le livre fut pourchassé par Bossuet et finalement condamné. Pourtant, en matière de Critique, l’exégèse chrétienne actuelle doit tout à Simon et rien à l’évêque de Meaux. À la même  époque, le juif Spinoza publiait son fameux Tractatus theologico-politicus (1670) et se faisait exclure de la Synagogue. Cet acquis de cinq siècles de critique de la religion et de ses textes fondateurs, des fanatismes religieux qui firent tant de victimes, est inscrit dans la trame de notre histoire. Ce trésor inestimable a permis la naissance de l’esprit français, de sa culture volontiers impertinente, de son sens du respect des croyances et des non-croyances, de sa liberté.

 La France est le pays des cathédrales, des Sommes théologiques et des grands penseurs chrétiens ; elle est aussi celui des penseurs et des artistes boulimiques de la Renaissance, des Lumières et de la Révolution française, de l’émergence de classes sociales frondeuses, affranchies des volontés hégémoniques des grands systèmes de pensée, y compris les religions. Dans cet héritage, chacun a le loisir de puiser pour construire comme il l’entend son existence.

 

 

Petit bout de journal 18 05 2016.

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Ce blog pourrait être l’occasion d’un journal régulier, mais je me découvre incapable d’un tel exercice. J’en ai commencé un dans ma jeunesse, assez longtemps pour m’apercevoir que je n’étais pas fait pour ce genre qui demande une introspection que je n’apprécie guère. Je ne crois pas non plus être fait pour écrire ma biographie. Je suis tombé récemment sur un passage d’Umberto Eco parlant des écrivains qui se croient obligés d’écrire ce qu’ils font dans la vie ordinaire, comme si le fait qu’ils soient écrivains magnifiait les banalités qu’ils ont à dire sur leur quotidien.  Cela dit, on peut lire des merveilles de journaux intimes et de biographies. En écrivant ces lignes, je songe, sans en savoir la juste raison, au livre d’Ismaïl Kadaré, Chronique de la ville de pierre, consacré à son enfance dans une bien étrange ville d’Albanie. Ce livre m’a séduit en son temps.

À défaut de journal, essayons de dire en quelques lignes ce qui fait mon quotidien ces temps-ci. Il y a les aléas de la vie, qui ne se montre pas spécialement tendre envers mes proches et mes amis depuis deux ans. Décès, problèmes de santé en tous genres. Du côté de la recherche, trois échéances – une contribution à un livre d’hommages pour un collègue et deux conférences à venir – me tournent vers des questions d’esthétique littéraire, et je relis tranquillement quelques théoriciens, tels Bakhtine, Todorov, Barthes, Starobinski, Eco, Geninasca...

Mes lectures de loisir sont réservées depuis quelques bonnes semaines à la trilogie de Cormac McCarthy, De si jolis chevaux, Le grand passage,  Des villes dans la plaine, que m’avait recommandée Jean-Philippe Arrou-Vignod. Je découvre ce monde de la frontière, entre Sud des États-Unis et Mexique, cette description des cultures paysannes mexicaines et des cowboys, cette attention minutieuse aux chevaux et aux modes de vie dans les villages pauvres, voire sordides, du Mexique. Longues évocations des atrocités des révolutions au Mexique, vies brisées, vies sans miséricorde, racontées par des personnages ordinaires, en espagnol ou en anglais, dans des dialogues rudes et frustres, manifestant une philosophie d’où il ressort que le monde est le monde, bien mal fait au demeurant, et qu’on n’y peut pas changer grand-chose. Certains comparent McCarthy à Faulkner. Il est vrai que l’on est plus ou moins dans des régions qui se ressemblent, que le monde est aussi laid, sinon désespérant, dans les deux œuvres, mais pour moi, la comparaison s’arrête là. Je ne crois pas qu’elle soit très fondée.

En même temps que cette trilogie, je découvre un livre de Christophe Bardyn, Montaigne, la splendeur de la liberté, chez Flammarion. Un portrait remarquable qui bouleverse bien des idées reçues sur le sage Montaigne et son doux ami La Boétie. Mais je ne suis pas encore assez avancé dans l’ouvrage pour en dire plus.

Rien de neuf pour l’instant dans ce site, et je m’en excuse auprès de mes visiteurs réguliers.  Mais qu’ils se rassurent : je pense ouvrir début juin une rubrique auto-édition, à l’espace « Manuscrits ». En faisant un peu de rangement dans mon ordinateur,  j’ai découvert quelques textes, dont deux ou trois romans, en état d’hibernation. L’idée m’est venue de leur laisser voir enfin un peu de lumière. Le premier texte que je pense ainsi auto-éditer, gratuitement bien sûr, est un roman assez long, en deux parties. Rendez-vous donc début juin. D’ici là je pense compléter ma page Italie avec des photos de l’Etna, prises durant l’été 1968. Je les ai enfin retrouvées, un peu par hasard. Il s’agit de diapos dont la numérisation par mon photographe s’est révélée de bonne qualité.

Le tableau ci-dessus a été peint par mon frère Michel, décédé récemment. Il a passé sa vie à peindre des aquarelles et des huiles, sur les côtes normandes et dans le Var. Ici, le Becquet de Tourlaville. Un hommage fraternel en passant, pour exorciser la peine.

Chronique du peuple ailé 05 06 2016.

 Comme annoncé, voici en espace "Manuscrits" la première partie d’un roman : Chronique du peuple ailé des Phaâs. Ce manuscrit dort dans mes tiroirs depuis 2006 date à laquelle je l’avais à peu près terminé. Mon idée était d’offrir un espace romanesque à ces histoires fondamentales dont sont faits les grands mythes, tels Œdipe, Caïn et Abel, Orphée… La transposition d’un mythe en roman n’est sans doute pas des plus faciles pour exploiter certains thèmes, la cruauté par exemple. Que Prométhée soit enchaîné par Zeus sur une montagne et qu'un aigle vienne lui dévorer le foie jour après jour se raconte aisément dans un mythe. Mais la transposition dans un genre romanesque risque d'exacerber l'effet de réel de façon presque insoutenable. J’en ai d’autant plus d’estime pour les écrivains qui réussissent parfaitement l’entreprise, par exemple Henry Bauchau, dans son Œdipe sur la route. Mon roman, me semble-t-il, se situe à des années lumières des sujets qui attirent l’attention de la littérature adulte française, et est aussi sans doute trop « adulte » pour intéresser la littérature de jeunesse. Il m’a paru pourtant intéressant d'offrir en auto-édition à mes lecteurs ce roman en suspens. Ils ne manqueront pas, j’espère, de me communiquer leurs réactions. Rendez-vous fin juin pour l'édition de la seconde partie.

Le journal de Rose Wetson 30 06 2016.

Hier se déroulait, dans le grand salon des éditions Gallimard, la remise du prix du concours des P’tites Plumes 2016 qui récompense la meilleure nouvelle écrite par une classe de collège. J’ai eu le plaisir de remettre le prix à la classe de 4e B du Collège Georges-Pompidou, de Champtoceaux (Maine-et-Loire) pour le très beau récit Le journal de Rose Wetson. Il s’agit d’une nouvelle fort bien écrite, tournant autour d’un déménagement et d’un journal découvert dans une malle par les nouveaux locataires. Journal aux vertus quelque peu étonnantes… La nouvelle a été éditée  sous ce titre par Belin et Gallimard, dans la collection Classico-collège.

Félicitations à toute la classe et à l’enseignante Madame Mottin.

En ce début d'été 14 07 2016.

En ce début d’été, j’ai vécu au rythme de l’Euro de football, qui a monopolisé les écrans. Émissions spéciales d’avant-match, d’après-match, matchs. Difficile d’y échapper, surtout sur les chaînes d’info continuelle, qui tournent en boucle. J’ai assisté au rétrécissement de la langue parlée habituellement dans le gosier des supporters dont la phrase la mieux articulée  était « Allez les bleus » avant de céder la place aux borborygmes en tous genres, signifiants interminables débouchant sur un signifié finalement réductible à peu de choses : « Que la France gagne ». En italien, le mot « tifoso », qui désigne le supporter, vient du nom de la maladie appelée typhus. Dans ses gestes excessifs, le  tifoso finalement manifeste les symptômes de maladie grave ! Les sociologues sauront mieux analyser que moi le fonctionnement de ces manifestations populaires dans une France affrontée à tant de problèmes. Mais je serais très injuste si je ne saluais pas la beauté des chœurs des Gallois et le sens de la vraie fête des supporters irlandais.

L’information a donc consacré moins de place à des nouvelles pour le moins inquiétantes, telle cette recrudescence des violences aux relents de racisme aux États-Unis. J’ai vu, comme beaucoup, l’exécution barbare,  par tir à bout portant, d’un homme de couleur, pourtant maîtrisé à terre par deux représentants des forces de l’ordre, et je me suis demandé un court instant si je ne rêvais pas. Mais non, les États-Unis n’ont pas réglé ce problème de racisme rampant, latent, ni celui des armes en quasi libre circulation. Le président sortant s’y est cassé les dents, et la proximité de nouvelles élections lui lie les mains. Il ne peut faire quoi que ce soit qui nuirait à la candidate de son camp.

Avec un peu de retard, je mets en ligne, à la page « Espace manuscrits » la seconde partie du roman Chronique du Peuple ailé des Phaâs. J’ai dû accélérer un peu la préparation du manuscrit pour ne pas trop m’éloigner de l’échéance annoncée. Comme déjà dit, je recevrai avec plaisir les remarques des lecteurs.

 
Religions de France ou religions en France ? 15 10 2016.

 

tornade.gif 

L’été a passé si vite. Pour ce site, beaucoup de projets, des pages inachevées, et je n’ai eu le temps de rien. Je voudrais écrire ma page Groenland, mais je dois trouver le temps de découper le film que j’ai réalisé de ce voyage en petits clips susceptibles de ne pas imposer de  trop lourds téléchargements. J’ai marché, réfléchi, rencontré famille et amis d’abord en Normandie, comme tous les ans, puis en Ligurie où j’ai pris la bonne habitude de prolonger l’été, entre promenades sur la côte del Levante et heures d’écriture. J’en suis parti cette fois quelques jours avant que le phénomène tornade de type « cévenol » ne nous atteigne. Mes amis italiens m’ont envoyé cette photo prise à Gênes hier. Impressionnant !

Côté écritures, je finis un roman jeunesse et travaille sur une adaptation de textes bibliques pour Folio Junior Textes classiques. Ma traduction-adaptation de Yvain le chevalier au Lion parue dans Folio Junior Textes classiques est maintenant disponible également dans la collection Classico, coéditée par les éditions Gallimard et Belin, à destination des collèges. Dans la spécialité universitaire, à noter trois futures publications : 1) Une contribution au livre d’hommages dédié au Professeur René Heyer. J’y propose un plaidoyer pour l’esthétique littéraire en exégèse. 2) Une conférence au colloque Rrenab de l’université de Metz, les 26-29 mai 2016, à paraître. Le titre en est : « De la plasticité des figures à la lecture énonciative ». 3) Une communication au colloque de l’ACFEB d’Angers des 29 août-1er septembre 2016 : « La sublime beauté du Christ : une approche littéraire de l’esthétique paulinienne ».  Ces trois contributions visent à réhabiliter l’esthétique littéraire par rapport aux approches rhétoriques fort développées en exégèse biblique ces dernières décennies, aussi bien en Amérique du Nord que dans la vieille Europe.

Mes lectures enfin. En tant que membre du jury, j’ai passé l’été avec les livres retenus pour le prix Erckmann Chatrian qui sera remis  le 7 novembre à Metz.

Laissant défiler devant moi les informations sur la France et sur le monde, en cherchant à limiter les dépenses d’énergie et de temps dans ce carrousel infini, je n’ai pas pu – comment le pourrait-on ! – rester insensible à ce monde où la violence provoque une réaction en chaîne que peu de gens, pour ne pas dire personne, maîtrisent. J’ai toujours en tête ce fameux chapitre 5 du récit de la Genèse, où, suite au meurtre d’Abel  par Caïn, la violence explose et produit le chant de vengeance de Lamek disant à ses femmes : « J’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek soixante-dix sept fois ! »  Des meurtriers vengés si on les touche ! Ce chant tribal a paru tellement odieux à certains commentateurs que des traductions targoumiques ont ajouté tout simplement une négation pour rendre moral ce texte dérangeant, ce qui donne : «  je n’ai pas tué un homme pour une blessure, je n’ai pas tué un enfant pour une meurtrissure… » Malheureusement, c’est bien le contraire qu’il faut entendre : contre une blessure ou un hématome qu’on m’inflige, je réponds par l’homicide. Il n’y a pas témoignage plus criant de ce que la violence est capable d’engendrer quand personne, pas même  chez les politiques, ne la maîtrise plus.

J’ai lu à ce propos que les évêques de France en appellent à une refondation du politique. L’appel est noble, mais on peut se demander, après réflexion, qui fera le travail. Si je prends pour mesure les années de ma simple vie, j’ai vécu ma jeunesse au temps d’une tradition catholique qui avait développé une véritable pensée politique. Celle-ci se manifestait dans les fameux mouvements d’Action Catholique, MRJC, ACO, ACI, ACE, JOC, etc. qui forma beaucoup de chrétiens au sens des responsabilité dans la cité et en conduisit  un bon nombre vers les responsabilités syndicales et politiques. Dans les années 1940 et avant la seconde guerre, des religieux, dominicains et jésuites en particulier, mais aussi la mission de Paris, la mission de France et les prêtres ouvriers, sont autant de témoignages du travail de conscientisation que clercs et laïcs avaient réalisé sur la chose politique, au sens noble du terme. À noter que cette période ne fut pas sans problèmes : les frilosités vaticanes envers l’expérience des prêtres au travail, les condamnations sans appel de théologiens et autres penseurs par Rome, conduisirent à de douloureuses déchirures dans les consciences des chrétiens engagés.

En repensant à ces années passées, je m’étonne du gouffre qui a pu se creuser sur la question politique chez les chrétiens catholiques, et ceci en dépit d’efforts méritoires pour l’honorer ; je pense  par exemple à la revue Esprit, issue du personnalisme d’Emmanuel Mounier. En une ou deux générations, les intérêts se sont portés ailleurs. Crise de conscience d’une identité religieuse, désir de retour aux « solides valeurs », peur de l’autre, peur de l’étranger, peur de perdre les repères, crise économique, ont conduit à des replis identitaires, mouvements charismatiques et spirituels de toutes sortes célébrant, dans la joie parfois proche de l’infantilisme et, en tout cas, du degré zéro d’une pensée structurée, le fait que « Jésus nous sauve » ; création de communautés chaudes et fraternelles plus préoccupées du bien-être inter-individuel dans le cocon que d’affronter les bourrasques du monde. Refonder le politique, donc. Vaste programme ! Ce « refonder » me laisse un goût de déjà entendu, à vrai dire. On a voulu refonder le parti communiste, on a voulu refonder la philosophie par l’anthropologie ; j’ai connu des penseurs publiant sur la refondation du christianisme (rien que cela !). Alors, refonder le politique, je veux bien, mais je demande quand même à voir. 

Je note que quelques élus ou responsables se sont prononcés pour une refondation de la chose politique. Par exemple l’idée de désigner par le sort des citoyens qui exerceraient la responsabilité de sénateurs dépasse nettement le thème récurrent, en période électorale, du changement de politique. Mais ce qui m’a surtout frappé au cours de cet été, c’est le flottement ou encore le manque d’approfondissement d’idées qui ne dépassent pas, de ce fait, le simple statut de slogans. Juste deux exemples :

«  Islam en France ou islam de France ? Religions de France ou religions en France » ? Prenons l’exemple du catholicisme français. Il existe un clergé français, une conférence des évêques de France, des églises et des paroisses françaises, des associations caritatives catholiques françaises, mais faut-il dire pour autant qu’il existe une religion catholique de France ? À la différence de ce qui se fait dans  l’église anglicane qui a pour chef la reine d’Angleterre, le président français ne nomme pas les évêques. C’est le pape qui les désigne, car ils appartiennent  non à l’église de France, mais à « l’Église de Rome qui est en France ». Toutes les tentatives pour créer une église de France indépendante de Rome se sont avérées assez désastreuses. Ainsi avec le Gallicanisme au temps de Louis XIV et de Bossuet, ainsi encore avec la Constitution civile du clergé, à la révolution française, qui opposa les prêtres assermentés et les prêtres non assermentés et faisait du clergé des officiers civils. Aux origines du christianisme, avant que l’empire romain ne se transforme en empire chrétien, il y avait de très belles formules pour désigner les églises chrétiennes. Celle-ci, par exemple, de saint Paul, adressant une lettre « à l’église de Dieu qui est à Corinthe ». On ne dit pas plus clairement à la fois l’enracinement local d’une église et le fait qu’elle dépasse ledit lieu, par la communion de toutes les églises dont chacune peut être appelée église de Dieu.

« Valeurs universelles et particularisme ». On entend  souvent opposer le communautarisme et les valeurs républicaines universelles, telles la liberté, la fraternité et l’égalité. Le débat ne va généralement pas beaucoup plus loin. Or si l’on met de côté et à bon droit le communautarisme, connoté négativement, il faut bien poser le problème de la réalisation concrète de l’idéal universel en fonction des particularités. Prenons le judaïsme. Il entend bien porter les valeurs universelles et républicaines, mais comment et pourquoi devrait-on lui interdire de le faire en lien avec la conscience qu’il a de sa « particularité » ? Le judaïsme français connaît le calendrier républicain, mais aussi le calendrier juif, a son jour festif du shabbat quand les chrétiens ont celui du dimanche, veille à ne pas acheter n’importe quelle nourriture, etc.

En fait, il faut tenir compte de trois niveaux et constater que leur articulation est diverse en fonction des communautés. Le premier niveau est la « singularité », qui dénote le fait qu’il existe des individus, tous différents, tous « singuliers ». Le second est la « particularité ». Elle dénote le fait que l’individu peut appartenir à des groupes ethniques, sociaux, religieux ou autres, qui comportent des « mises à part », par le régime alimentaire,  les pratiques socio-religieuses diverses et variées. Ainsi des Sikhs, par exemple, à qui l’on ne fera jamais enlever leur turban, ou de certains bouddhistes portant un voile sur le nez et la bouche pour éviter d’avaler des moucherons et donc de mettre fin à une vie, aussi minuscule soit-elle. Le troisième niveau est « l’universel » auquel, si l’on excepte les « communautarismes » et certains régimes politiques actuellement en vigueur, la plupart des gens aspirent. Il faut condamner sans restriction les forces qui visent à faire de l’universel un concept périmé de l’idéologie du capitalisme occidental. Mais bien des groupes vivent le rapport à l’universel de façon apaisée, en cultivant les valeurs de leurs particularités, dans une république laïque. Faire des valeurs universelles une sorte d’entité désincarnée par rapport aux situations sociales particulières ne conduit à rien. Il faudrait relire à ce sujet les propos du philosophe juif Emmanuel Lévinas au lendemain de la seconde guerre mondiale, pour mieux comprendre ce que pourrait avoir de dangereux une notion d’universalisme non articulée sur le particulier. Tous les impérialismes ont cherché à effacer le « particulier ». Lévinas en savait quelque chose. Bien des chapitres de son livre Difficile liberté. Essais sur le judaïsme (Albin Michel) mériteraient d’être relus, plus de cinquante ans après sa publication, à propos du particulier et de l’universel.

 

Maquillage et monde formaté 30 11 2016.

Du nouveau sur le site : j’ai enfin commencé ma page « Groenland » en espace Horizons, ainsi que la page « Distinctions littéraires, études » en espace Littérature. À suivre, naturellement…

Regardant, ces dernières semaines, la fin de la campagne présidentielle des États-Unis, je me suis laissé progressivement attirer par la parfaite utilisation des techniques médiatiques. On sait les Nord-Américains grands professionnels s’agissant des shows en tous genres, à Las Vegas, à Broadway. Rien n’est laissé au hasard, tout est minutieusement programmé, répété, réalisé. Donald ou Hillary entrent en scène : gestes stéréotypés, grands enthousiasmes comme savent les générer les Américains qui ne connaissent pas le US bashing. Depuis fort longtemps, les candidats ont appris à pointer du doigt l’assistance comme s’ils reconnaissaient des amis, et ceci à Chicago comme à Austin, à Boston comme à Seattle. On n’est pas dupe, on sait que la technique est apprise, elle se répète immanquablement, comme quoi le stéréotype est jugé plus intéressant et plus efficace que la vérité vraie, à savoir que Hillary et Donald n’ont pas des relations proches dans toutes les villes qu’ils parcourent et que les « amis » qu’ils pointent du doigt sont totalement virtuels. Mais qui s’en soucie encore ?

Sans doute en proie à une petite déprime due à l’hiver, je me suis demandé où on pouvait échapper à ce monde formaté qui dicte le geste, la juste parole, invente le rire en boite, la bonne façon de présenter la chose et d’atteindre la cible. Pas dans la publicité ni dans le marketing en tout cas. Je serais bien en peine d’ajouter quelques réflexions pertinentes aux études qui en scrutent le mécanisme et nous alertent sur le phénomène depuis plusieurs décennies. On pense, bien sûr, à La société du spectacle, de Guy Debord, qui date de 1967. Je puis seulement apporter mes états d’âme et mes sentiments, c’est-à-dire peu de choses, résumables au fait que j’ai eu l’impression, ces dernières semaines, d’avoir mangé mon capital « pub ».  Je me suis senti agacé plus que de raison par les slogans qui concluent les spots publicitaires, incontournables et souvent interchangeables. On mettrait ainsi le nom de n’importe  quelle eau de toilette sous « la force de l’homme »,  de n’importe quelle banque sous « le bon sens au coin de chez vous » ou « construisons dans un monde qui bouge ». Combien aurai-je perdu de minutes de ma précieuse vie à être agressé par des pubs pour des lieux ou des produits qui ne croiseront jamais ma route tout simplement parce que je m’en passe très bien !  

Alors que nous développons une attention sourcilleuse sur la laïcité de l’espace public et débattons sur les crèches de Noël dans les écoles ou les mairies, nous ne légiférons que mollement contre l’envahissement du même espace public par la marchandisation. On nous objectera que des firmes privées ne sont pas une religion. Est-ce une raison pour s’approprier l’espace public ? A-t-on mesuré les capacités de nuisance sur la liberté de respiration du citoyen dans un espace public saturé ? Et s’est-on posé la question de savoir si le retour des radicalismes religieux n’avait pas quelque rapport avec ce que nous offre une idéologie marchande qui empiète sur tous les domaines ?

J’ai ainsi regardé dernièrement deux matchs de rugby où la France était engagée. Charmant spectacle qui me fait loucher à la fois sur le jeu et sur l’affiche publicitaire que j’ai bien du mal à évacuer de mon regard quand elle est peinte en plein milieu de la pelouse, sur quelque trente ou quarante mètres carrés, célébrant une marque de voiture allemande dont je me soucie d’autant moins que je n’aurai pas les moyens de me l’acheter !

En italien, maquillage se dit trucco. Le mot me semble encore mieux signaler l’ambivalence du maquillage qui embellit et trompe à la fois. Je crois avoir noté dans les reportages télévisés sur la nature combien, grâce à l’aide de filtres, les paysages de lavande sont devenus plus bleus, les côtes bretonnes plus jaunes et plus vertes, l’atlas plus ocre que naguère, au point qu’on se demande si le paysage en question ne nous est pas offert à consommer avec du ketchup. Le problème est que lorsqu’on y goûte, tout se banalise. La subtilité des tons et des goûts disparaît.

 La primaire de la droite et du centre, en France, m’a paru moins formatée que les élections américaines. Le spectacle-maquillage, je l’ai quand même vu en quelques occasions, par exemple quand une animatrice interviewe un homme politique affalée sur le même canapé que lui. Mise en scène, maquillage, trucco digne plutôt d’un magazine féminin people que d’un reportage politique. Cela ne semble gêner personne. Tout devient spectacle, tout peut faire le buzz (et je suis en train d'y contribuer). Pour plagier le vainqueur de ladite primaire, on pourrait se poser la question : « Imagine-t-on le général de Gaulle partager son canapé avec une intervieweuse allongée près de lui ? »

8 février 2017. Monde instable.

Voilà plus de deux mois que je n’ai rien écrit dans cette rubrique. Heureusement, d’autres endroits du site se sont remplis, en particulier l’espace « Horizons » avec deux pages, non encore complètes, sur un voyage fait sur la côte ouest du Groenland, jusqu’aux limites de l’océan arctique. Ma rubrique de novembre disait mon sentiment sur les élections présidentielles aux États-Unis. Pas plus que la plupart d’entre nous, je ne m’attendais pas à l’élection de Monsieur Trump. Les analystes et journalistes en ont bien montré les enjeux et les probables répercussions sur la politique mondiale ; je ne vois pas ce que je rajouterais de pertinent. Nous voici maintenant devant les élections françaises pour la présidentielle, et avec elles face à un paysage politique extrêmement mobile qui génère, chez certaines de mes connaissances, des sources d’interrogation pour ne pas dire d’angoisse. Impression d’avoir assisté, avec les primaires de droite et de gauche, à une partie de jeu de quilles, au point que certains commencent à se demander si l’invention des primaires n’a pas été le type de la fausse bonne idée et s’il ne faudrait pas revenir à la désignation des candidats par les partis. D'autres insistent, au contraire, sur le retour à l'initiative populaire, au déclenchement de référendums sur demande du « peuple », mot qui revient avec insistance chez certains politiciens, sans malheureusement beaucoup de réflexion sur les liens entre ledit peuple et les instances démocratiques dont il s’est doté par les élections législatives, municipales, etc. D’où le risque réel, et inquiétant, de populisme. Car le mot peuple, dans la bouche d’un politique en période électorale, peut subir de bien belles manipulations.

J’ai suivi à la télévision des débats fort intéressants sur les rapports entre morale et politique. Je conviens aisément, avec André Comte-Sponville, qu’il ne faut pas confondre les deux. Je ne voterais pas pour un candidat qui n’aurait pour discours et programme que celui-ci : « élisez-moi, car moi je suis honnête ».  Ce qui est demandé à un politique, c’est de participer à la bonne gestion de la chose publique. Qu’il soit honnête, de surcroît, me convient bien. Il existe une éthique de l’homme politique, et les journalistes sont là pour souligner les manquements, évitant ainsi les abus de pouvoir. Il existe aussi une éthique du journalisme qui devrait éviter aux représentants du quatrième pouvoir d’user à leur tour d’abus de pouvoir.

Monde instable 08 02 2017

8 février 2017. Monde instable.

Voilà plus de deux mois que je n’ai rien écrit dans cette rubrique. Heureusement, d’autres endroits du site se sont remplis, en particulier l’espace « Horizons » avec deux pages, non encore complètes, sur un voyage fait sur la côte ouest du Groenland, jusqu’aux limites de l’océan arctique. Ma rubrique de novembre disait mon sentiment sur les élections présidentielles aux États-Unis. Pas plus que la plupart d’entre nous, je ne m’attendais pas à l’élection de Monsieur Trump. Les analystes et journalistes en ont bien montré les enjeux et les probables répercussions sur la politique mondiale ; je ne vois pas ce que je rajouterais de pertinent. Nous voici maintenant devant les élections françaises pour la présidentielle, et avec elles face à un paysage politique extrêmement mobile qui génère, chez certaines de mes connaissances, des sources d’interrogation pour ne pas dire d’angoisse. Impression d’avoir assisté, avec les primaires de droite et de gauche, à une partie de jeu de quilles, au point que certains commencent à se demander si l’invention des primaires n’a pas été le type de la fausse bonne idée et s’il ne faudrait pas revenir à la désignation des candidats par les partis. D'autres insistent, au contraire, sur le retour à l'initiative populaire, au déclenchement de référendums sur demande du « peuple », mot qui revient avec insistance chez certains politiciens, sans malheureusement beaucoup de réflexion sur les liens entre ledit peuple et les instances démocratiques dont il s’est doté par les élections législatives, municipales, etc. D’où le risque réel, et inquiétant, de populisme. Car le mot peuple, dans la bouche d’un politique en période électorale, peut subir de bien belles manipulations.

J’ai suivi à la télévision des débats fort intéressants sur les rapports entre morale et politique. Je conviens aisément, avec André Comte-Sponville, qu’il ne faut pas confondre les deux. Je ne voterais pas pour un candidat qui n’aurait pour discours et programme que celui-ci : « élisez-moi, car moi je suis honnête ».  Ce qui est demandé à un politique, c’est de participer à la bonne gestion de la chose publique. Qu’il soit honnête, de surcroît, me convient bien. Il existe une éthique de l’homme politique, et les journalistes sont là pour souligner les manquements, évitant ainsi les abus de pouvoir. Il existe aussi une éthique du journalisme qui devrait éviter aux représentants du quatrième pouvoir d’user à leur tour d’abus de pouvoir.

 

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